Venez à moi

Votre vie est un fiasco ? Vous êtes un raté ? Vous n’avez pas de vie amoureuse ? On vous a licencié ? Vous n’avez aucun talent ? Aucun intérêt ? La chance vous tourne le dos ? Et en plus vous êtes laid ? Venez à moi.

Oui, je sais ce que c’est… Non parce que je l’ai vécu, mais parce que mon cœur est rempli de bonté. Oui, je suis bonne, une altruiste, et je comprends vos souffrances, à vous, qui êtes pauvre, seul, maladroit, et laid. Car j’ai un grand pouvoir, oui, un pouvoir immense, le pouvoir de vous deviner, le pouvoir d’alléger vos souffrances, n’ayez pas peur… Ayez confiance… Et ce pouvoir, non, je ne l’utilise pas à des fins personnelles, mais pour vous, imaginez, vous qui êtes insignifiant, vous qui n’êtes rien, vous qui êtes au fond du gouffre et que personne n’a rattrapé, moi, je me mets à votre service, gratuitement, vous entendez ? Oui, je ne suis là que pour vous aider, vous servir, je n’attends rien en retour, je suis la seule à pouvoir vous sauver. Sachez que vous êtes incapable d’y arriver tout seul, mais moi, surhumaine que je suis, je peux transformer votre enfer en paradis, c’est très sérieux, écoutez.

Déjà, vous avez des problèmes financiers, mais si, je sais que vous en avez, et puis vous êtes seul, tout seul, désespérément seul. Il n’y a pas d’amour dans votre vie, c’est à peine si vous avez des amis, d’ailleurs, vous êtes sûr qu’on ne vous veut que du bien ? Réfléchissez…

Moi, par contre, je ne vous veux que du bien, je connais votre Vérité Profonde, et je suis prête à vous la révéler, prête à vous dire pourquoi ça ne va pas, pourquoi vous ratez tout ce que vous entreprenez, pourquoi on ne veut pas de vous, je connais vos forces et vos faiblesses, j’ai la solution à toutes vos difficultés, venez à moi.

Vous avez cliqué ? Parfait. Eh bien laissez moi vous révéler que vous êtes merveilleux, extraordinaire, que vous avez beaucoup de talents cachés. Vous ne le saviez pas ? C’est parce que vous ne m’aviez jamais rencontré. Mais le Destin vous a mené à moi, et bientôt, vous pourrez exercer tous ces dons, tous ces talents, et poursuivre cette vie de délices que vous méritez. Croyez-moi. Suivez-moi. Laissez moi vous guider. Cette année, les astres vous sont favorables, beaucoup d’opportunités vont se présenter à vous, mais sans moi, seriez vous capable de les déceler ? Je ne crois pas. Alors, il faudra que vous me suiviez, que vous me laissiez vous apprendre à vous connaître, vous faire découvrir qui vous êtes. Vous le saviez déjà ? Vous croyez ? Croyez en mon flair. Vous ne le savez pas.

Dans mon immense bonté, je vais vous donner mon chiffre de chance. Il faut que vous suiviez à la lettre les instructions que je vais vous donner. C’est à vous de me suivre ou de laisser tomber, vous comprenez ? La chance ou la malchance, l’amour ou la solitude, l’argent ou la pauvreté, trouver ses talents ou les occulter. Vous et vous seul pouvez choisir entre le bonheur et le malheur, personnellement, je vous conseillerais de choisir le bonheur, c’est à dire, de me choisir en tant que guide personnel, pour bonne fée, je ne veux que votre bien, pourquoi résister ? Très important, je tenais à vous dire : Il faut que vous connaissiez votre thème astral, absolument. Je suis bien sûr capable de vous le révéler. Pour la modique somme de cent euros, je vous offre une étude approfondie de votre personnalité. Imaginez tout ce que ça pourra vous apporter. La cause de tous vos malheurs est que des influences négatives planent autour de vous et vous empêchent d’exercer vos talents, d’avoir de la chance, des amis, l’amour, une bonne santé.

Prenez garde. Il faut vous protéger. Il faut réagir contre le mal qui vous entoure, concentrez-vous. Je suis sûre que vous le sentez. La bonne nouvelle, c’est que je suis là. Que feriez vous sans moi ? Je peux vous aider à détecter vos influences négatives, je peux vous protéger contre elles, je peux mettre toute mon énergie et mes pouvoirs à les combattre, pour vous, vous comprenez ? Parce que vous avez du potentiel pour devenir merveilleux. Pour la modique somme de 55 euros, je vous fais le cadeau de mon talisman personnel, chargé d’eau bénite et d’ondes positives très puissantes, et si vous ajoutez soixante dix euros, je vous offre une photo de moi, une photo que j’aurai chargée au préalable pour vous prémunir contre les attaques de l’extérieur. C’est efficace, vous pensez. Sur la photo, tout de même, c’est moi. Il y a aussi les cours pour développer vos talents, les cours d’astrologie par correspondance, votre horoscope personnel approfondi quotidien, et d’autres merveilleuses surprises qui vous attendent.

Oui, je vous dirai comment vous comporter, comment parler, comment agir, et ces conseils seront toujours judicieux, puisqu’ils viendront de moi. N’hésitez pas. Inscrivez le numéro de votre carte bleue. Venez à moi.

Top Nénette et Flash Neuneuil

« Toooooop Nénette ! »

La super héroïne avait déjà sauvé veuves, orphelins, enfants légitimes et couples mariés de l’immeuble en flammes. Comme d’habitude, elle n’avait pas laissé grand chose d’autre à faire pour sa sœur cadette qui s’était contentée des mâles célibataires.

Bien sûr, comme Flash Neuneuil était plus photogénique, les photographes mitraillaient sans relâche son visage angélique, et les regards des mâles célibataires se concentraient sur l’arqué divin de son super-postérieur, louchant, tant qu’ils y étaient, sur les courbes voluptueuses de son imposante poitrine. Et Flash Neuneuil appréciait d’autant plus qu’elle se donnait du mal, tous les matins, pour arranger l’échancrure parfaite de son super-décolleté.

Top Nénette se re-transforma en Ginette. On chercha partout la super héroïne, puis on laissa tomber.

Flash Neuneuil posa encore un peu, puis regarda sa montre. C’était bien beau, mais il était temps qu’elle redevienne Babette. Elle vola dans un coin sombre, se changea, et se mêla à la foule. Babette se hâta d’aller au bar où elle travaillait. Elle arrivait toujours en retard. Son patron prenait toujours la mouche, puis se radoucissait quand elle enfilait sa tenue de travail. Pourboires contre sourires, sourires contre autre consommation, Babette était incontestablement une bonne serveuse.

Babette entra nonchalamment dans la cuisine, se mouilla le bout des doigts d’eau savonneuse, puis éclaboussa Ginette en lâchant :

« Braquage, pachyderme. » Ginette sourit jaune

– Je te retourne le compliment, soeurette chérie. Son Altesse n’est pas très active quand il n’y a pas de caméra ou de pourboire à la clé. »

– Ce n’est pas de ma faute si je suis plus jolie, mocheté. »

– Et si ma main partait maintenant contre ma volonté ? »

– Tu sais soeurette m’amour, moi aussi j’ai un super crochet du gauche. »

– Souris, soeurette de mon coeur, on est censées aller bosser. »

Les braqueurs en prirent plein la figure. A leur retour, Top Nénette remarqua :

« Méchant est calme ces temps-ci. Je me demande ce qu’il mijote. »

– Il est en prison, non ? »

– Il s’évade toujours, tu sais. »

Méchant s’était bien évadé. Il s’était retiré dans sa planque habituelle, l’hôtel 5 étoiles Duluxe, chambre royale, du goût d’un méchant digne de ce nom. Cette fois-ci, c’est sûr : on ne le traînerait plus jamais en prison. Il avait fait ses courses au Marché des Vilains, et son vendeur de gadget préféré lui avait dégoté une petite merveille : un poison, l’antinénite, qui le débarasserait enfin de ses ennemies jurées. Il diluerait le produit dans les canalisations de Safe City. Ensuite, il ne lui resterait plus qu’à devenir le maître du monde. Mais les super héroïnes veillaient. Il fallait faire diversion.

Ces temps-ci, tous les criminels s’étaient donné le mot pour mener mener la vie dure à Top Nénette et Flash Neuneuil. Sûrement un piège de Méchant, pensait Ginette. Même pas le temps pour mon brushing du matin, pensait Babette. Pour observer Méchant et gérer les criminels déchaînés, il fallait se séparer.

Ginette s’installa à l’hôtel Sansluxe, juste en face de l’hôtel Duluxe, et loua une longue vue à un prix raisonnable. C’était finalement un petit séjour de vacances, d’observer Méchant deviser gaiement dans son jacuzzi privé, en expliquant à son charmant voisin qui glissait sur la rampe d’escalier en disant : « Je vole ! » que la drogue c’était mal.

Méchant mijotait bien quelque chose. Ça se voyait à son petit air satisfait. Pendant ce temps-là, Ginette repeignait les murs de l’hôtel, et apprenait à son autre voisin violent à gérer sa colère.

Lorsqu’elle ne vit plus Méchant dans sa chambre, Ginette fila interroger le réceptionniste de l’hôtel Duluxe :

« M.Méchant m’a dit de dire à ses fans qu’il est très occupé : il est parti aux canalisations de Safe City pour diluer un nouveau poison, se débarrasser de ses ennemies jurées, et devenir le maître du monde. »

Babette ! Elle était en danger ! Il n’y avait qu’une solution pour la sauver.

Dans son studio au fin fond de Safe City, Flash Neuneuil se retransformait en une Babette sur les rotules, à cours d’anti-cernes et de fond de teint. Elle s’effondra toute habillée sur son lit, et piqua une bonne sieste. Après quoi, elle décida qu’elle avait VRAIMENT besoin d’une douche. Elle tourna le robinet d’eau chaude… Était-ce normal, cette fumée verte qui s’échappait du robinet ? Mais elle avait VRAIMENT besoin d’une douche, donc elle avança prudemment un orteil, et… Plus d’eau ! Babette en pleurait de rage. ON AVAIT COUPÉ L’EAU !

« Soeurette, Méchant à empoisonné l’eau. Trouve l’antidote pendant que je lui botte les fesses. Après, tu pourras te doucher. »

Une Flash Neuneuil hors d’elle traumatisa le vendeur de gadgets préférés de Méchant avec ses yeux lanceurs d’éclairs. Il lui procura l’antidote sans discuter.

Pendant que Top Nénette bottait les fesses de Méchant, Flash Neuneuil versa l’hypernénite dans l’eau antinénitée, et vola en toute hâte prendre une douche éclair. Elle avait un décolleté à ajuster, et des photographes à satisfaire.

 

 

 

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Pauvre Lulule !

Un jour comme tous les autres jours, Lulule Tatimagie ouvrit les yeux. Au bout de cinq minutes – Elle n’était pas patiente – elle se leva d’un coup, écarta les rideaux de son lit de sorcière, et elle s’exclama :

« Couché, vilain soleil ! Couché, j’ai dit ! Couché ! Mais tu n’as donc pas fini de me tourmenter ?! »

Et là, comble du comble, plus comble que le comble, les oiseaux se mirent à chanter. Elle avait une voix étrange une voix qu’elle connaissait…

« Nom d’un chaudron magique ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! »

Sa voix ressemblait à celle de ces princesses horripilantes avec leurs rêves d’amour stupides et leurs yeux bleus niais. Ça la rendait furieuse ! Alors, elle hurla :

« Nom d’un sac à balais ! Qui m’a ensorcelée ? »

Encore cette voix affreuse… Alors, toute inquiétée, elle regarda sa chambre. Ce n’était pas sa chambre, mais bien une autre chambre, une chambre qu’elle connaissait. Elle sortit de ses gongs, marmonna des formules, s’acharna, rien n’y fit. Pauvre, pauvre Lulule ! Les toiles d’araignée étaient toiles de maître, la lucarne à barreaux une grande fenêtre, et tout ce bleu ! Ce blanc ! Ce rose ! Ces couleurs ! Et d’où venaient ces fleurs ? Et d’où ce tapis blanc ? Elle cria encore :

« Patte de lapin ! Chanteclair ! Venez à moi en un éclair ! »

Rien à faire ! Tout était…

« Bénéfique ! Voilà le mot que je cherchais ! Quelle horrible surprise ! »

Et en disant ces mots, un chat mignon tout blanc vint tout contre sa jambe en faisant des ron-rons. Quel fut son désarroi ! Elle pensa :

« Pauvre moi ! Est-ce donc un cauchemar ? »

Elle ne pouvait changer ! Disparus, ses pouvoirs ! N’avait-on pas pitié ?

« Oh destinée si noire… »

Le coeur rempli de crainte, elle se dirigea vers la glace, et se vit : cheveux blonds, regard niais ! Oh rage, oh désespoir ! Et le bal endiablé de Dracula ce soir ? Et son beau Mariage avec l’oncle Fétide ? Et les pleurs des enfants ?

« Où sont passées mes rides ? »

Elle était belle, hélas. Belle comme une princesse.

« Il faut ! Il faut ! » – dit-elle –

« Il faut que cela cesse ! »

Et horreur des horreurs, un beau Prince Charmant entra, et l’embrassa ! Dit :

« Quels sont vos tourments ? Mon amour ! Mon soleil ! Votre peau est si douce ! Et vous traits sont si fins ! Et je n’aime que vous ! »

-Lâche moi, à la fin ! Lâche moi, je te dis ! Je suis une sorcière ! Mais non ! Je t’interdis ! »

Et le prince bavait, la tenait, sussurait. C’était insupportable, c’était inacceptable. C’était… c’était vraiment pleins d’autres mots en « able ». Et elle l’insultait. Et il lui répétait :

« Vos mots me sont si doux ! Ma rose a peau de lys ! Faisons de beaux enfants ! »

-À moi ! Par quelle malice m’a-t-on joué ce tour ? Tu feras moins le fier, quand je te rotirai ! Et je te mangerai avec des andouillettes ! Je donnerai tes restes à mon horrible chouette ! »

-Oh chérie ! Oh trésor ! Au soleil de mes jours ! »

Il l’embrassait encore et lui parlait d’amour. Elle mordit le Prince pour s’en débarrasser. Il ne s’arrêtait pas.

« Cesse de m’embrasser ! Horrible caca d’oie ! »

Elle crispa les doigts, et dans un hurlement strident, désespéré, se réveilla enfin. C’était inespéré !

Du noir ! Enfin du noir ! Poussière et mauvais goût ! Chanteclair croassait un air sur les égouts, Patte-de-Lapin le chat chassait d’un air méchant, les hiboux hululaient des airs très alléchants, enfin minuit sonnait ! Les coups étaient donnés. Elle soupira d’aise et s’habilla de noir, pour préparer l’horrible party au manoir.

 

 

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Les sucrettes

« Dis donc, madame Disieu, vous en avez, vous, des nouvelles de madame Petsec? »

– Bah quand on cause pas, on cause pas… »

– Non mais je veux dire : vous l’avez vue ? »

– Pas ces jours ci. »

– Elle irait pas acheter son pain aux concurrents, dites moi ? »

– Ah bah ça… »

Madame Disieu alla de ce pas raconter la nouvelle à madame Sanvoi qui le répéta à son tour à madame Lecoute : madame Petsec avait déserté la boulangerie de madame Poinpoin. Quelle honte, tout de même : Lucette faisait un si bon pain.

Comme à son habitude, monsieur Dumou faisait sa tournée. Il pédalait à toutes jambes. C’était l’heure du déjeuner. Un détail l’intriga ce matin-là : madame Petsec n’avait pas ramassé son courrier. Elle ne pouvait pas avoir déserté. Pas juste avant le concours de courgettes auquel elle participait.

Au Durochette café, on causa, ce soir là. Monsieur Cochon ne lui avait pas servi ses entrecôtes préférées, Tess la caissière ne l’avait pas vue au Baprix, et Lola ne lui avait pas servi sa verveine, aujourd’hui. Fallait faire quelque chose. Ça n’avait pas l’air de trop bien aller. On demanda à la grande Simon d’enfoncer la porte. La grande Simon s’écrasa deux trois grands coups, puis la porte s’ouvrit. C’est dans le jardin que madame Disieu découvrit le corps sans vie de madame Petsec. Assassinée avec sa courgette de concours. On ne fit ni une ni deux : on courut prévenir monsieur Lasieste au commissariat.

Le commissaire Lasieste et l’inspecteur Loignon relevèrent les empruntes. Le légiste, docteur Trifouillis commença l’autopsie. Bien sûr, tout le monde était bon pour le commissariat.

« Oh, la Petsec, y a pas grand monde qui la portait dans son coeur… »

– Mais tout d’même, un meurtre, c’est un meurtre, y a pas… »

– Mais non qu’on la connaissait pas ! Quand on cause pas, on cause pas ! »

On les remercia. On se concerta. Madame Disieu n’avait pas un profil de meurtrière. Avec ses spaghettis à la place des bras. La grande Simon correspondait plus. Elle avait un profil d’agitateur, cette femme la.

« Un chewing-gum ? » proposa le commissaire Lasieste à l’inspecteur Loignon.

Une semaine plus tard, on vint chez les Simon interroger la grande. Gertrude Simon n’était ni avec les petits, ni avec Amande, son ado de fille, ni avec son mari, parti à un concours canin avec leurs pit bulls jumeaux. Elle n’avait pas d’alibi.

Grâce aux bons soins de madame Disieu, madame Sanvoi, et madame Lecoute, la nouvelle fit le tour du village. La grande Simon était présumée innocente au commissariat de Durochette-la-colline. Une camionneuse haltérophile, ça filait forcément un mauvais coton à un moment donné. A part ça, elle devait sûrement avoir ses qualités.

L’héritière de la victime arriva, affublée de son ingénieur en aéronautique de mari, et de Claire, sa hippie de fille.

Les trois ados, Claire Petsec-Foutraque, Amande Simon, et Cassandre Loignon, s’étaient rencontrées au commissariat du village. Elles avaient pour point commun de détester le groupe « les Salades » et leur tube les choux, ça donne la patate. Et elles formeraient un groupe de rock qu’elles nommeraient « les Sucrettes ». C’était décidé. Cassandre Loignon s’était renseignée, et quelque chose la chiffonnait : le docteur Triffouillis avait révélé qu’on n’avait pas assassiné madame Petsec dans son jardin, à l’autopsie. Le jardinier de la victime confirmait cette hypothèse : madame Petsec n’allait jamais s’occuper de sa courgette de concours sans s’habiller en conséquence. Le chemisier en soie et les chaussures propres n’étaient pas de circonstance. On avait arraché sa courgette géante, on s’était introduit dans la maison pour la tuer, et on l’avait traînée dans le jardin. Ensuite, on avait pris le temps de nettoyer les sols pleins de terre, et d’effacer les empreintes.

« Pas le style de maman. » confirmait Amande Simon.

Ce ne fut pas bien difficile de convaincre Claire Petsec-Foutraque de fouiner partout dans la maison de sa mère-grand. Claire dut se faufiler dans la chambre de la défunte, et forcer le tiroir interdit. C’était le tiroir des combats associatifs de mère-grand : la Ligue Ville Propre, le Mouvement des Ennemis des Animaux Domestiques, l’Association pour la Réintégration des Sévices Corporels à l’École, et les Guerriers de la Dent, contre le sucre et en particulier contre les bonbons.

« Sympa, ta mamie. » fit remarquer Amande.

Elles discutaient de l’affaire au Durochette café autour d’un coca, quand elles entendirent la nouvelle : Madame Disieu avait dit à madame Sanvoi qui avait dit à madame Lécoute que Laitue, le chanteur vedette du groupe « les salades », avait été assassiné. Une tragédie. Leur tube les choux ça donne la patate passait en boucle sur Durochette FM.

« Nom d’une vache folle ! »

– Nom d’un VTT ! »

– Nom d’une boîte de sardines en solde ! »

– Nom d’une petite mousse ! »

– Ah bah y causera pu, çui là… »

– Un chewing-gum ? » proposa le commissaire Lasieste à la ronde.

On relacha la grande Simon. Cassandre Loignon réfléchit a voix haute :

« Eh, c’est chelou. « Les Salades » avaient forcément un point commun avec la mère Petsec, du coup. »

Il fallait faire sa petite enquête chez « les Salades » pour en avoir le coeur net. Cette fois, c’était à Amande Simon de s’y coller.

C’est ce qu’elle fit après avoir prétexté un passage par les toilettes. Pendant ce temps la, Claire baratinait les membres du groupe en improvisant un monologue sur la musique et les vertus de ses légumes préférés. Dans les papiers d’Eugène Carie dit « Laitue », Amande trouva, au milieu de contrats pour la promotion des fruits et légumes frais, une invitation en tant que membre d’honneur à une des réunions des Guerriers de la Dent. La réunion avait pour ordre du jour le lancement d’une grande campagne anti chewing-gum.

« Merde, maman!… » s’exclama Amande.

La grande Simon faisait elle aussi partie des Guerriers de la Dent, elle aussi avait une dents contre les chewing-gum, justement. Et elle avait décidé d’allier jardinage et haltérophilie en participant au concours de courgettes. Elle était sûrement la prochaine sur la liste.

« Papa ! Faut aller chez la grande Simon d’urgence ! » criait Cassandre en courant dans tous les sens chez monsieur Loignon.

On prit le coupable sur le fait, avec sa mini hache à courgettes. Enfin assez sur le fait pour que nul doute ne soit possible, pas assez pour que les pit bulls jumeaux de la grande Simon ne lui épargnent la jambe.

Dans l’appartement du commissaire Lasieste, on découvrit des photos des Guerriers de la Dent sur un mur dont celles des victimes barrées, et une impressionnante collection de chewing-gum a la fraise, religieusement emballé. Il fut écroué.

Comme tous les ans, « les salades » gagnèrent le concours de courgettes. Leur nouveau chanteur fut baptisé Courgette en hommage à leur leader décédé.

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