Un jour comme tous les autres jours, Lulule Tatimagie ouvrit les yeux. Au bout de cinq minutes – Elle n’était pas patiente – elle se leva d’un coup, écarta les rideaux de son lit de sorcière, et elle s’exclama :
« Couché, vilain soleil ! Couché, j’ai dit ! Couché ! Mais tu n’as donc pas fini de me tourmenter ?! »
Et là, comble du comble, plus comble que le comble, les oiseaux se mirent à chanter. Elle avait une voix étrange une voix qu’elle connaissait…
« Nom d’un chaudron magique ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! »
Sa voix ressemblait à celle de ces princesses horripilantes avec leurs rêves d’amour stupides et leurs yeux bleus niais. Ça la rendait furieuse ! Alors, elle hurla :
« Nom d’un sac à balais ! Qui m’a ensorcelée ? »
Encore cette voix affreuse… Alors, toute inquiétée, elle regarda sa chambre. Ce n’était pas sa chambre, mais bien une autre chambre, une chambre qu’elle connaissait. Elle sortit de ses gongs, marmonna des formules, s’acharna, rien n’y fit. Pauvre, pauvre Lulule ! Les toiles d’araignée étaient toiles de maître, la lucarne à barreaux une grande fenêtre, et tout ce bleu ! Ce blanc ! Ce rose ! Ces couleurs ! Et d’où venaient ces fleurs ? Et d’où ce tapis blanc ? Elle cria encore :
« Patte de lapin ! Chanteclair ! Venez à moi en un éclair ! »
Rien à faire ! Tout était…
« Bénéfique ! Voilà le mot que je cherchais ! Quelle horrible surprise ! »
Et en disant ces mots, un chat mignon tout blanc vint tout contre sa jambe en faisant des ron-rons. Quel fut son désarroi ! Elle pensa :
« Pauvre moi ! Est-ce donc un cauchemar ? »
Elle ne pouvait changer ! Disparus, ses pouvoirs ! N’avait-on pas pitié ?
« Oh destinée si noire… »
Le coeur rempli de crainte, elle se dirigea vers la glace, et se vit : cheveux blonds, regard niais ! Oh rage, oh désespoir ! Et le bal endiablé de Dracula ce soir ? Et son beau Mariage avec l’oncle Fétide ? Et les pleurs des enfants ?
« Où sont passées mes rides ? »
Elle était belle, hélas. Belle comme une princesse.
« Il faut ! Il faut ! » – dit-elle –
« Il faut que cela cesse ! »
Et horreur des horreurs, un beau Prince Charmant entra, et l’embrassa ! Dit :
« Quels sont vos tourments ? Mon amour ! Mon soleil ! Votre peau est si douce ! Et vous traits sont si fins ! Et je n’aime que vous ! »
-Lâche moi, à la fin ! Lâche moi, je te dis ! Je suis une sorcière ! Mais non ! Je t’interdis ! »
Et le prince bavait, la tenait, sussurait. C’était insupportable, c’était inacceptable. C’était… c’était vraiment pleins d’autres mots en « able ». Et elle l’insultait. Et il lui répétait :
« Vos mots me sont si doux ! Ma rose a peau de lys ! Faisons de beaux enfants ! »
-À moi ! Par quelle malice m’a-t-on joué ce tour ? Tu feras moins le fier, quand je te rotirai ! Et je te mangerai avec des andouillettes ! Je donnerai tes restes à mon horrible chouette ! »
-Oh chérie ! Oh trésor ! Au soleil de mes jours ! »
Il l’embrassait encore et lui parlait d’amour. Elle mordit le Prince pour s’en débarrasser. Il ne s’arrêtait pas.
« Cesse de m’embrasser ! Horrible caca d’oie ! »
Elle crispa les doigts, et dans un hurlement strident, désespéré, se réveilla enfin. C’était inespéré !
Du noir ! Enfin du noir ! Poussière et mauvais goût ! Chanteclair croassait un air sur les égouts, Patte-de-Lapin le chat chassait d’un air méchant, les hiboux hululaient des airs très alléchants, enfin minuit sonnait ! Les coups étaient donnés. Elle soupira d’aise et s’habilla de noir, pour préparer l’horrible party au manoir.
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