Serial mamie

Il y avait eu un meurtre atroce à Trinchoir-sur-Yvette. Marcel Fascaga, le jeune délinquant du village, avait été tué. L’inspectrice Cassidy Fox, fin limier du FBI, avait été reléguée dans ce trou perdu pendant deux mois : elle avait soi-disant fait preuve de violence excessive envers ses collègues masculins. Du coup, on la punissait. Elle se saisit de la seule affaire qui l’intéressait.

Les résultats de l’autopsie ne furent pas concluants : celui qui faisait office de médecin légiste avait regardé les coups portés au jeune Marcel en se curant le nez. Il y avait des poils d’animal de compagnie sur le pull de la victime. A analyser. Cassidy comptait bien arrêter le meurtrier et lui faire bouffer son sac à main : assassiner le seul et unique délinquant de cet endroit mortellement chiant ? Franchement ?

Cassidy Fox interrogea le prêtre du village pour commencer.

« C’est un gâteau de la mère Michel. Vous en voulez ? »

Le prêtre était tellement absorbé par ses pâtisseries, qu’elle ne put pas en tirer grand chose. Le commissaire en chef Postillon proposa au prêtre d’arroser son goûter de liqueur de pomme. Là, il avait confié que M. Calcigue avait évoqué une action malhonnête en confession. Il ne se souvenait plus trop, mais ce n’était pas bien. Hic. Pas bien du tout. Hic. Il le savait.

Entre minuit et une heure du matin, Les Calcigue eurent la bonne surprise d’entendre Cassidy Fox tambouriner à leur porte :

« Calcigue ! FBI ! Sors de ton trou ! » En chemise et en bonnet de nuit, M. Calcigue sortit le poing en l’air :

-Boudiouh ! A-t-on pas idée de crier si fort à une heure pareille ?! Vous êtes-t-y si sourde que vous avez besoin de vous époumoner comme une truie ? »

-Je vous arrête pour insulte à policier ! »

-Restez où vous êtes, malheureuse ! »

-Je vous arrête pour menaces ! »

Cassidy s’avança. Elle eut juste le temps de voir le pot de fleurs tomber, puis :

« MES AZALEEEEEEEEEEES ! AH ! AH ! AH ! »

M. Calcigue, la main sur le cœur, devint rouge, puis vert, puis blanc avant de s’effondrer.

Plus tard, le commissaire en chef Postillon alla porter de nouvelles azalées en pot et des confitures de la mère Michel à M. Calcigue. De son lit d’hôpital, le grand malade leur révéla qu’il payait régulièrement le jeune Fascaga pour crever le pneus des frères Maximum qui roulaient sur ses plans de tomates avec leurs mobylettes. Il regrettait bien ce qui lui était arrivé.

Les frères Maximum faisaient pétarader leurs mobylettes autour des policiers.

« On s’arrête, là ! », hurla Cassidy

-La mère Michel nous offre un petit rosé. » lança Maximum l’aîné au commissaire Postillon sans même la regarder.

-Arrêtez-vous ! » hurla Cassidy de plus belle.

-Alors, tu viens ou quoi Postillon ? Y s’boira pas tout seul, le rosé ! »

-ARRÊTEEEEEEEZ ! » Cassidy tira en l’air. Les frères Maximum accélérèrent leur engin.

-Elle a du foin dans le cerveau, dis ! »

-Parigots, têtes de veau ! »

-Mais non, elle vient des Amériques, idiot »

Au petit rosé de la mère Michel, le commissaire en chef Postillon apprit que Fascaga n’avait plus le temps de crever le pneus des mobylettes des frères Maximum : il voulait faire des bêtises avec Francine, la plantureuse bonne du curé. Mais elle ne voulait pas. Aha… Une affaire de viol qui aurait mal tourné ?

La plantureuse Francine ouvrit la porte du presbytère en tenue légère. Un énorme chat persan blanc fit son entrée.

« Bah… Il était de mauvaise vie, Fascaga. Au départ, je voulais pas, mais j’ai fini par céder. Bah… vivre avec un curé, ça vous laboure pas vot’ jardin, vous savez… Mais si je me rappelle d’une chose, c’est que la mère Espincher… »

ça devenait ridicule : les Espincher renvoyèrent Cassidy vers M. Farçous, qui les renvoya à Mme Sereing, qui les renvoya à M. Alestouffé. L’analyse des poils retrouvés sur le corps de Marcel Fascaga révélèrent que les poils de la victime appartenaient à un chat. Cassidy Fox eut le malheur de penser au chat de la mère Michel, mais on la rabroua.

C’est là qu’on annonça la disparition de la plantureuse Francine. Pas de chance pour Cassidy : il y avait enfin un meurtrier en série dans le coin, et la fin de son séjour approchait. Le lendemain matin, son avion décollait. Le téléphone de la brigade sonna. C’était la mère Michel. Elle invitait Cassidy à prendre le thé.

Bien sûr, elles parlèrent du cas Fascaga :

« Alors, on ne sait toujours pas qui l’a tué ? »

-Les moyens manquaient. »

-Des suspects ? »

-On a retrouvé des poils de chat sur le corps de la victime. C’est un indice important, je crois. »

-On dit que votre séjour est bientôt terminé ? »

-Mon avion décolle demain matin à 6 heures. »

-Quel dommage… Vous n’aimez pas les animaux, n’est-ce pas ? »

-Non. Pas trop. » avoua Cassidy décontenancée. La mère Michel tapota le dos de son chat, étalé sur le canapé.

-C’est un amour. Une compagnie précieuse pour une vieille dame. Malheureusement, ce n’est pas une bête très fidèle. Toujours par monts et par vaux. Je me fais régulièrement un sang d’encre. Ce n’est pas de sa faute. Depuis le temps, les gens devraient savoir. » la douce voix de la grand-mère devenait glaçante :

-Personne ne touche à mon chat. »

L’homme idéal

L’homme idéal est toujours disponible et enthousiaste. Il à l’œil vif, le poil brillant, le style coordonné en toute circonstance.

Il est très fonctionnel : on peut l’emmener partout, et il n’est pas encombrant. Il ne vous embarrasse jamais en société. Il évite les sujets à contentieux comme la politique ou le football. Mais quand de tels sujets sont abordés, il est de votre avis, évidemment.

Il est d’une patience à toute épreuve avec les beaux-pères les plus coriaces.

Il anticipe les moindre désirs de sa maîtresse sans se tromper. Il se rend indisponible à tout autre femme. Corvéable à merci, l’homme idéal n’est jamais fatigué : il tond la pelouse, descend les poubelles, débouche les canalisations, et ouvre les bocaux de cornichons sans rechigner.

Il vous trouve toujours parfaite, et sait toujours vous mettre en valeur en société. Il sait se montrer discret quand on en a assez.

Il ne crache pas, ne fume pas, ne boit pas, et ne mange pas ses crottes de nez. Il est garanti sans flatulence, et se lave automatiquement les pieds.

Guerre au hlm

C’était la guerre ! M.Chong, l’aimable et placide voisin au visage de bonze tibétain, avait fini par perdre son calme légendaire ! Cette pétasse arrogante de Piangini voulait la guerre ? Elle l’aurait !

C’était elle qui avait débuté les hostilités :

« Vous êtes le concierge ? » avait-elle dédaigneusement lâché à M. Da Silva sous prétexte qu’il était portugais. Il lui en aurait foutu, des concierges, lui qui payait son appartement 900 € par mois !

Ensuite, elle avait pris ses aises : sa saucisse sur pattes de chien et ses aboiements incessants, le souk qu’elle fichait avec ses amis bruyants tous les samedi soir…

Et son fils. Tout un poème son fils. Une tête à claque. Son foot rituel dans la cour de l’immeuble. Le ballon qui se retrouvait invariablement près des fenêtres de Mme Zénati la prof de yoga. Cette dernière avait essayé de s’expliquer calmement avec la Piangini :

« Pétasse mal baisée ! » ce monument d’élégance et de raffinement italien avait lancé :

-Ah bah c’est sûr que c’est pas votre cas ! Vous faites chier tout le monde ! On vous entend a des kilomètres ! Traînée ! »

Ce n’était pas tout : mégots de cigarette dans la cage d’escalier, et le marmot qui faisait ses besoins dans le local à vélo pendant ses siestes crapuleuses de l’après midi. Bonjour l’apprentissage du respect d’autrui ! Ce môme horrible s’était lié d’amitié avec d’autres délinquants en puissance, et il taguait les murs de son propre immeuble ! M. Chong l’avait même attrapé entrain de saboter sa voiture ! D’ailleurs, l’affaire s’était terminée au commissariat, et la Piangini avait écopé d’une amande qu’elle n’avait pas payée.

Et puis, il y avait eu l’affaire des poubelles. Et le vase n’était pas loin de déborder ! Elle avait commencé par mettre tout ce qui l’encombrait sur le palier : poussettes, sacs d’habits destinés à la déchetterie. M. Chong, qui ne pouvait plus passer dans son propre couloir, avait tenté de l’interpeler. Il avait même menacé de jeter tout son bazar pour avoir la paix ! Dans ce climat infernal, la Piangini ne répondait plus lorsqu’il sonnait à la porte. A ce petit jeu mesquin, s’était ajouté l’apposition de ses ordures ménagères sur le palier.

Un jour, la goutte d’eau finit par tomber. Le meilleur ami du fils Piangini avait marché dans une crotte de chien. Comme il ne voulait pas incommoder Mme Piangini, il eut l’idée de poser ses souliers sur le paillasson du voisin. Grand bien lui en fit ! Le sang de M. Chong ne fit qu’un tour : il saisit les infectes savates, et les jeta dans la benne à ordures collective. L’impudent rentrerait pieds nus, non mais ! Quelle ne fut pas la surprise de l’invité des Piangini ! Après une exclamation d’étonnement horrifié, la Piangini sonne chez M. Chong, accompagnée de son invité, son fils, et son mari. Le problème, c’est que M. Chong est en pleine sieste, et qu’il ne faut jamais déranger M. Chong lors de sa sieste, jamais ! Il les accueille avec un fusil. Conclusion : pour la deuxième fois, il se retrouve au commissariat avec les Piangini.

Trop, c’était trop. Tous les voisins établirent un conseil de guerre. Dans l’adversité, il fallait être solidaires. M. Da Silva s’arrangea avec un ami serrurier pour mettre le local à vélo sous clé. On jeta toutes ses affaires. Mme Zénati se mit à se poster régulièrement devant sa porte pour retirer les mauvaises ondes de l’immeuble à grand coup de fumigations. L’odeur de l’encens était si forte, que la Piangini cria plusieurs fois à l’incendie. On convint d’une heure, de préférence tardive, pour faire un boucan de tous les diables, précisément vers son appartement. Le ballon de son fils fut sauvagement crevé. Sa boîte aux lettres mystérieusement saccagée. On lui fit maintes autres misères, tant et si bien que par miracle, probablement grâce aux fumigations de Mme Zénati, la Piangini prit ses jambes à son cou, et s’enfuit.