Serial mamie

Il y avait eu un meurtre atroce à Trinchoir-sur-Yvette. Marcel Fascaga, le jeune délinquant du village, avait été tué. L’inspectrice Cassidy Fox, fin limier du FBI, avait été reléguée dans ce trou perdu pendant deux mois : elle avait soi-disant fait preuve de violence excessive envers ses collègues masculins. Du coup, on la punissait. Elle se saisit de la seule affaire qui l’intéressait.

Les résultats de l’autopsie ne furent pas concluants : celui qui faisait office de médecin légiste avait regardé les coups portés au jeune Marcel en se curant le nez. Il y avait des poils d’animal de compagnie sur le pull de la victime. A analyser. Cassidy comptait bien arrêter le meurtrier et lui faire bouffer son sac à main : assassiner le seul et unique délinquant de cet endroit mortellement chiant ? Franchement ?

Cassidy Fox interrogea le prêtre du village pour commencer.

« C’est un gâteau de la mère Michel. Vous en voulez ? »

Le prêtre était tellement absorbé par ses pâtisseries, qu’elle ne put pas en tirer grand chose. Le commissaire en chef Postillon proposa au prêtre d’arroser son goûter de liqueur de pomme. Là, il avait confié que M. Calcigue avait évoqué une action malhonnête en confession. Il ne se souvenait plus trop, mais ce n’était pas bien. Hic. Pas bien du tout. Hic. Il le savait.

Entre minuit et une heure du matin, Les Calcigue eurent la bonne surprise d’entendre Cassidy Fox tambouriner à leur porte :

« Calcigue ! FBI ! Sors de ton trou ! » En chemise et en bonnet de nuit, M. Calcigue sortit le poing en l’air :

-Boudiouh ! A-t-on pas idée de crier si fort à une heure pareille ?! Vous êtes-t-y si sourde que vous avez besoin de vous époumoner comme une truie ? »

-Je vous arrête pour insulte à policier ! »

-Restez où vous êtes, malheureuse ! »

-Je vous arrête pour menaces ! »

Cassidy s’avança. Elle eut juste le temps de voir le pot de fleurs tomber, puis :

« MES AZALEEEEEEEEEEES ! AH ! AH ! AH ! »

M. Calcigue, la main sur le cœur, devint rouge, puis vert, puis blanc avant de s’effondrer.

Plus tard, le commissaire en chef Postillon alla porter de nouvelles azalées en pot et des confitures de la mère Michel à M. Calcigue. De son lit d’hôpital, le grand malade leur révéla qu’il payait régulièrement le jeune Fascaga pour crever le pneus des frères Maximum qui roulaient sur ses plans de tomates avec leurs mobylettes. Il regrettait bien ce qui lui était arrivé.

Les frères Maximum faisaient pétarader leurs mobylettes autour des policiers.

« On s’arrête, là ! », hurla Cassidy

-La mère Michel nous offre un petit rosé. » lança Maximum l’aîné au commissaire Postillon sans même la regarder.

-Arrêtez-vous ! » hurla Cassidy de plus belle.

-Alors, tu viens ou quoi Postillon ? Y s’boira pas tout seul, le rosé ! »

-ARRÊTEEEEEEEZ ! » Cassidy tira en l’air. Les frères Maximum accélérèrent leur engin.

-Elle a du foin dans le cerveau, dis ! »

-Parigots, têtes de veau ! »

-Mais non, elle vient des Amériques, idiot »

Au petit rosé de la mère Michel, le commissaire en chef Postillon apprit que Fascaga n’avait plus le temps de crever le pneus des mobylettes des frères Maximum : il voulait faire des bêtises avec Francine, la plantureuse bonne du curé. Mais elle ne voulait pas. Aha… Une affaire de viol qui aurait mal tourné ?

La plantureuse Francine ouvrit la porte du presbytère en tenue légère. Un énorme chat persan blanc fit son entrée.

« Bah… Il était de mauvaise vie, Fascaga. Au départ, je voulais pas, mais j’ai fini par céder. Bah… vivre avec un curé, ça vous laboure pas vot’ jardin, vous savez… Mais si je me rappelle d’une chose, c’est que la mère Espincher… »

ça devenait ridicule : les Espincher renvoyèrent Cassidy vers M. Farçous, qui les renvoya à Mme Sereing, qui les renvoya à M. Alestouffé. L’analyse des poils retrouvés sur le corps de Marcel Fascaga révélèrent que les poils de la victime appartenaient à un chat. Cassidy Fox eut le malheur de penser au chat de la mère Michel, mais on la rabroua.

C’est là qu’on annonça la disparition de la plantureuse Francine. Pas de chance pour Cassidy : il y avait enfin un meurtrier en série dans le coin, et la fin de son séjour approchait. Le lendemain matin, son avion décollait. Le téléphone de la brigade sonna. C’était la mère Michel. Elle invitait Cassidy à prendre le thé.

Bien sûr, elles parlèrent du cas Fascaga :

« Alors, on ne sait toujours pas qui l’a tué ? »

-Les moyens manquaient. »

-Des suspects ? »

-On a retrouvé des poils de chat sur le corps de la victime. C’est un indice important, je crois. »

-On dit que votre séjour est bientôt terminé ? »

-Mon avion décolle demain matin à 6 heures. »

-Quel dommage… Vous n’aimez pas les animaux, n’est-ce pas ? »

-Non. Pas trop. » avoua Cassidy décontenancée. La mère Michel tapota le dos de son chat, étalé sur le canapé.

-C’est un amour. Une compagnie précieuse pour une vieille dame. Malheureusement, ce n’est pas une bête très fidèle. Toujours par monts et par vaux. Je me fais régulièrement un sang d’encre. Ce n’est pas de sa faute. Depuis le temps, les gens devraient savoir. » la douce voix de la grand-mère devenait glaçante :

-Personne ne touche à mon chat. »

L’homme idéal

L’homme idéal est toujours disponible et enthousiaste. Il à l’œil vif, le poil brillant, le style coordonné en toute circonstance.

Il est très fonctionnel : on peut l’emmener partout, et il n’est pas encombrant. Il ne vous embarrasse jamais en société. Il évite les sujets à contentieux comme la politique ou le football. Mais quand de tels sujets sont abordés, il est de votre avis, évidemment.

Il est d’une patience à toute épreuve avec les beaux-pères les plus coriaces.

Il anticipe les moindre désirs de sa maîtresse sans se tromper. Il se rend indisponible à tout autre femme. Corvéable à merci, l’homme idéal n’est jamais fatigué : il tond la pelouse, descend les poubelles, débouche les canalisations, et ouvre les bocaux de cornichons sans rechigner.

Il vous trouve toujours parfaite, et sait toujours vous mettre en valeur en société. Il sait se montrer discret quand on en a assez.

Il ne crache pas, ne fume pas, ne boit pas, et ne mange pas ses crottes de nez. Il est garanti sans flatulence, et se lave automatiquement les pieds.

Guerre au hlm

C’était la guerre ! M.Chong, l’aimable et placide voisin au visage de bonze tibétain, avait fini par perdre son calme légendaire ! Cette pétasse arrogante de Piangini voulait la guerre ? Elle l’aurait !

C’était elle qui avait débuté les hostilités :

« Vous êtes le concierge ? » avait-elle dédaigneusement lâché à M. Da Silva sous prétexte qu’il était portugais. Il lui en aurait foutu, des concierges, lui qui payait son appartement 900 € par mois !

Ensuite, elle avait pris ses aises : sa saucisse sur pattes de chien et ses aboiements incessants, le souk qu’elle fichait avec ses amis bruyants tous les samedi soir…

Et son fils. Tout un poème son fils. Une tête à claque. Son foot rituel dans la cour de l’immeuble. Le ballon qui se retrouvait invariablement près des fenêtres de Mme Zénati la prof de yoga. Cette dernière avait essayé de s’expliquer calmement avec la Piangini :

« Pétasse mal baisée ! » ce monument d’élégance et de raffinement italien avait lancé :

-Ah bah c’est sûr que c’est pas votre cas ! Vous faites chier tout le monde ! On vous entend a des kilomètres ! Traînée ! »

Ce n’était pas tout : mégots de cigarette dans la cage d’escalier, et le marmot qui faisait ses besoins dans le local à vélo pendant ses siestes crapuleuses de l’après midi. Bonjour l’apprentissage du respect d’autrui ! Ce môme horrible s’était lié d’amitié avec d’autres délinquants en puissance, et il taguait les murs de son propre immeuble ! M. Chong l’avait même attrapé entrain de saboter sa voiture ! D’ailleurs, l’affaire s’était terminée au commissariat, et la Piangini avait écopé d’une amande qu’elle n’avait pas payée.

Et puis, il y avait eu l’affaire des poubelles. Et le vase n’était pas loin de déborder ! Elle avait commencé par mettre tout ce qui l’encombrait sur le palier : poussettes, sacs d’habits destinés à la déchetterie. M. Chong, qui ne pouvait plus passer dans son propre couloir, avait tenté de l’interpeler. Il avait même menacé de jeter tout son bazar pour avoir la paix ! Dans ce climat infernal, la Piangini ne répondait plus lorsqu’il sonnait à la porte. A ce petit jeu mesquin, s’était ajouté l’apposition de ses ordures ménagères sur le palier.

Un jour, la goutte d’eau finit par tomber. Le meilleur ami du fils Piangini avait marché dans une crotte de chien. Comme il ne voulait pas incommoder Mme Piangini, il eut l’idée de poser ses souliers sur le paillasson du voisin. Grand bien lui en fit ! Le sang de M. Chong ne fit qu’un tour : il saisit les infectes savates, et les jeta dans la benne à ordures collective. L’impudent rentrerait pieds nus, non mais ! Quelle ne fut pas la surprise de l’invité des Piangini ! Après une exclamation d’étonnement horrifié, la Piangini sonne chez M. Chong, accompagnée de son invité, son fils, et son mari. Le problème, c’est que M. Chong est en pleine sieste, et qu’il ne faut jamais déranger M. Chong lors de sa sieste, jamais ! Il les accueille avec un fusil. Conclusion : pour la deuxième fois, il se retrouve au commissariat avec les Piangini.

Trop, c’était trop. Tous les voisins établirent un conseil de guerre. Dans l’adversité, il fallait être solidaires. M. Da Silva s’arrangea avec un ami serrurier pour mettre le local à vélo sous clé. On jeta toutes ses affaires. Mme Zénati se mit à se poster régulièrement devant sa porte pour retirer les mauvaises ondes de l’immeuble à grand coup de fumigations. L’odeur de l’encens était si forte, que la Piangini cria plusieurs fois à l’incendie. On convint d’une heure, de préférence tardive, pour faire un boucan de tous les diables, précisément vers son appartement. Le ballon de son fils fut sauvagement crevé. Sa boîte aux lettres mystérieusement saccagée. On lui fit maintes autres misères, tant et si bien que par miracle, probablement grâce aux fumigations de Mme Zénati, la Piangini prit ses jambes à son cou, et s’enfuit.

La boîte

Anna et Raphaël avaient déménagé depuis peu de temps. Ils ne connaissaient personne dans le coin. Pas un copain à 10 km à la ronde. Bref, ils s’ennuyaient. Un week-end, alors qu’ils jouaient dans le jardin, leur ballon passa la barrière et se retrouva chez le voisin. Ils entendirent un couinement de douleur : leur ballon avait heurté son chien.

« Vas-y, toi ! » dit Raphaël.

– C’est toi qui tape toujours trop fort. » répondit Anna.

-Oui mais toi, il t’aime bien. »

En fait, c’était un homme étrange qui n’avait pas l’air d’aimer les enfants. Anna s’y colla tout de même en prenant son air le plus désolé :

« Bon… Bonjour, monsieur. Je suis la voisine. Avec mon frère, on s’excuse. On a fait tomber notre ballon dans votre jardin… »

-Vous avez jeté votre jeté votre ballon sur mon chien ! Petits mal élevés ! Vous méritez une bonne fessée ! » dit le vieil homme en traînant Anna à l’intérieur par le bras.

La petite fille ouvrit grand les yeux : de l’extérieur, la maison avait l’air tout à fait normale, mais de l’intérieur, on aurait dit un manoir hanté. Elle était remplie de vieux objets couverts de poussière et de toiles d’araignée. Quand Anna rentra chez elle, elle était partagée entre la colère provoquée par la fessée, et l’excitation de pouvoir raconter ce qu’elle avait vu dans l’étrange maison.

« Alors ? »

-C’est malin ! A cause de toi, j’ai pris une fessée ! »

-Mais c’est pas juste ! Tu t’es excusée, et en plus, on l’avait même pas fait exprès ! »

Comme Raphaël entraînait toujours sa sœur dans ses bêtises, ils finirent par décider de se venger. C’est lui qui eût l’idée de voler chez le vieux grincheux un de ses précieux objets.

Ce jour-là, le voisin était parti faire une course et le chien dormait. Les enfants partirent en commando. Ils passèrent par le jardin arrière, et se faufilèrent par une fenêtre. Raphaël n’en croyait pas ses yeux : une maison hantée ? C’était une caverne d’Ali Baba ! Il se mit à fureter partout à pas de loups. Anna était de plus en plus mal à l’aise :

« Bon, dépêche-toi, Raphaël ! Le chien va se réveiller ! »

Soudain, les enfants entendirent un bruit de voiture dans l’allée. Anna attrapa une vieille boite en fer, et tira son frère par la manche :

« On s’en va ! »

Les enfants filèrent. Le chien se mit à aboyer. Les enfants parvinrent à rentrer chez eux juste à temps.

« On aurait pu trouver mieux… » fit remarquer Raphaël déçu en examinant leur trophée.

Les jours passèrent. Les enfants avaient oublié leur bêtise, et le voisin n’était pas venu réclamer sa vieille boîte chapardée. Un jour, ils étaient entrain de jouer dans leur chambre, quand leur mère ouvrit la porte :

« A table ! Dis-donc, c’est un vrai capharnaüm, ici ! Vous allez me ranger cette chambre après le déjeuner ! »

Après le déjeuner, donc, Anna et Raphaël réalisèrent qu’il y avait du travail. Anna commençait à pousser ses poupées dans le placard, quand son pied heurta la vieille boîte en fer :

« Tiens, je vais mettre mes poupées là. »

-Elles ne vont jamais toutes rentrer ! »

Anna commença à entasser ses poupées. Comme il semblait toujours y avoir de la place, Raphaël déposa un camion, puis deux… Les enfants se regardèrent médusés. Puis, ils se mirent à y fourrer le reste de leurs jouets. Même les objets plus grands que la boîte parvenaient comme par magie à y entrer.

« Raphaël, j’ai peur ! »

-Mais quelle poule mouillée ! »

La boîte devint le rangement préféré des enfants.

Un autre jour, après le dîner, les enfants se disputèrent, et Raphaël arracha la tête de la Barbie Malibu d’Anna. Anna cria si fort que leur mère les envoya directement se coucher. Anna posa tristement sa poupée cassée dans la boîte. Le lendemain, elle rouvrit la boîte pour récupérer sa poupée, et découvrit avec stupeur que sa tête s’était mystérieusement recollée. Comme ce genre d’incident arrivait souvent, la boîte fut utilisée comme dispensaire pour poupées.

Cette nuit-là, Anna n’arrivait pas à dormir à cause de sa maîtresse qui l’avait vertement grondée. Elle retournait dans sa tête ses soucis, quand tout à coup, elle entendit un bruit. C’était un petit bruit, comme étouffé. Il semblait venir de très près. Elle se demandait s’il s’agissait d’une souris. Intriguée, elle se leva pour voir d’où venait le bruit. ça venait du pied du lit. Quand Anna se rapprocha, son cœur fit un bond : sur le rebord de la boîte, l’Action Man de Raphaël s’entretenait avec sa Barbie Malibu :

« Anna me traite très bien, » c’était Malibu :

-Mais Raphaël est un monstre ! Il m’arrache la tête sans arrêt ! »

-Ne m’en parle pas ! Il me jette du haut des escaliers, me démonte les jambes, me plonge dans le bocal du poisson rouge exprès ! »

-Ah, mademoiselle Anna ! » fit Malibu en regardant Anna dans les yeux :

-Je dois vous dire que je ne suis pas du tout d’accord avec votre idée de me teindre les cheveux en bleu. De plus, je conçois que vous ayez des problèmes à l’école, mais il me semble injuste de me dire à moi que je ne suis pas sage : je suis une poupée. »

-Vous… Vous parlez ? »

-Évidemment. C’est une boîte magique. Nous nous animons la nuit. »

-Je… Je crois qu’il vaut mieux que j’aille me recoucher. »

Raphaël ne crut pas Anna quand elle parla de l’incident le lendemain matin :

« T’as fait un cauchemar vraiment bizarre. »

Au fil des maltraitances, la grogne montait chez les objets. Anna essayait de prévenir Raphaël pour qu’il soit plus gentil avec eux, mais il n’écoutait pas. Une nuit, les objets finirent par se venger. Les fils de la Wii attachèrent les bras de Raphaël en s’exclamant : « Ouiiii ! », les fesses rembourrées du nounours d’Anna faisaient un bâillon parfait, les Action Men de Raphaël se mirent à faire du trampoline sur son ventre pendant que l’équipe des Barbie lui tiraient les cheveux. Le petit garçon ne pouvait pas bouger. Au petit matin, tout le monde retourna bien sagement dans la boîte.

Les enfants ne savaient pas comment se sortir de cette situation : fermer la boîte avec des objets lourds, jeter la boîte sans les objets, jeter la boîte avec les objets. Chaque nuit, la boîte réapparaissait. Chaque nuit, Raphaël se faisait maltraiter. Le manque de sommeil se faisait sentir, et Anna était terrorisée.

Anna décida d’en parler au voisin :

« Mon… Monsieur… C’est la voisine… J’ai quelque chose à vous dire… »

Le voisin commença par se fâcher tout rouge pour sa boîte, et Anna se prit une deuxième fessée. Puis, lorsque la petite fille entreprit de lui raconter les problèmes qu’elle et son frère avaient eus, il ne put s’empêcher de rire en s’exclamant que c’était bien fait. Enfin, de bonne humeur, il entreprit de les aider. Il sortit différents articles ésotériques de ses placards :

« Apporte-moi la boîte. On va la démarabouter. »

The cheap weirdos

La rencontre

Pensionnat privé pour garçons. En 6e, un gamin maigre comme un clou répond à ses professeurs. En 5e, un autre dort très régulièrement en classe. En 4e, on renvoie un troisième gamin pour avoir frappé un de ses camarades. Pas vraiment un conte de fées. a force de passer des heures de colle ensemble, ils finissent par devenir copains. ça aurait pu s’arrêter là. Ben non. Les trois gamins décident de monter un groupe de rock. Un délire d’ados. Une vraie blague, au départ. Ils se font appeler Dalton, Sleepy, et Trash, et se déhanchent dans les rues de la ville avec un sac poubelle sur la tête. Pas de quoi fouetter un chat , Ben si.

Le groupe

Vous prenez les jeans troués et les pulls ratés par mamie de Nirvana, la voix d’outre tombe du chanteur des Rammstein, vous mélangez ça avec des instruments trouvés dans les poubelles de votre quartier. Les sacs poubelles sur la tête pour faire des économies sur l’eye liner. Pas le groupe à gros budget. On ne peut pas dire qu’on craque sur leur belle gueule joliment maquillée.

Mais ça marche !

Pourquoi ? Parce qu’ils évitent les refrains prémachés sur leur adolescence difficile ? Parce qu’ils ne renient en rien leur idéalisme je-m’en-foutiste limite sectaire ? Et surtout, qui ? Qui peut bien vouloir écouter des activistes fous en sacs poubelles au sens de la mode plus que relatif ? Nous. Comment ? En se faufilant dans des squats arty, évidemment.

Parcours musical

Au début, la petite bande se réunissait chez Trash. Il y avait tout ce qu’il fallait dans la cave, et ils faisaient enrager les voisins d’à coté. Dalton avait un sens du rythme de tortue mauricienne, Trash était tout juste entrain de muer, et Sleepy jouait de la guitare au moins aussi bien que ses pieds. Autant dire qu’au départ, c’était pas gagné.Ils en ont tout de même eu assez de se casser les oreilles mutuellement, et ils se sont mis à pratiquer plus sérieusement.

Ils se nourrissent de leurs voyages en sac à dos. C’est après leur premier tour du monde qu’ils sont devenus des activistes fous, et qu’ils ont trouvé leur dernier nom de groupe en date : les Cheap Weirdos.

Trash

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Papa était ingénieur agronome, et maman était architecte paysagiste. Autant dire que dans la famille, l’environnement, on connaissait. Autant dire aussi qu’il n’était pas destiné à devenir la figure de proue d’un groupe grunge, notre Trash. Il devait devenir ingénieur comme papa. On le destinait à une vie bien rangée. Raté.

Trash est l’intello de la bande. Il décroche même une licence d’économie. Mais ça n’est pas son truc. Il vire donc philosophe, puis rencontre un groupe d’hurluberlus freegan. Pourquoi donc continuer de philosopher, quand on peut s’en prendre joyeusement aux poubelles d’un supermarché ?

Notre rebelle dans l’âme se fait régulièrement arrêter pour trouble à l’ordre public. C’est un fervent adepte de l’Église de la Très Sainte Consommation, et à ses heures perdues, il tombe régulièrement en extase devant des rayons de papier toilette, de livres Arlequin, ou de Belin petit déjeuner. Perturbant pour la clientèle, mais les videurs doivent bien trouver à s’occuper.

Sleepy

sleepy

Les parents du plus peace and love du groupe ont été hippie. Elle est fleuriste, il est gérant d’une boutique bio. Avec de tels parents, Sleepy ne pouvait pas être un énervé.

N’étant pas assez énervé, donc, pour le système scolaire, Sleepy, après avoir passé son bac, cultive (c’est de cas de le dire) ces talents botaniques… Et se fait arrêter. On l’accuse de dealer. Alors qu’il ne fait que distribuer ses plants de cannabis. Tout en générosité.

Fidèle à lui-même, Sleepy se fait régulièrement taper sur les doigts pour exhibitionnisme lors de manifestations contre la faim dans le monde, et pour la paix. Alors que la nudité, c’est naturel.

Dalton

dalton

Cendrillon des temps modernes au masculin, le petit Dalton est né d’une mère alcoolique et d’un père fantôme. Il se retrouve dans une famille d’accueil, puis une autre… Non. On rigole. Papa est militaire. Le garçon a juste développé une allergie à l’autorité.

Dalton, après une scolarité en dents de scie, réussit à passer un bac pro, puis à trouver un patron pour devenir apprenti plombier. Résultat, il pète vite un câble, bien sûr. Puisqu’on vous dit qu’il est allergique à l’autorité. De patron en patron, il enchaîne les petits boulots. Et se déchaîne sur sa batterie. Et marche en tête de toutes les manifestations anar qu’il peut trouver.

On ne compte pas le nombre de fois où Dalton s’est fait arrêter pour violence sur la personne de policiers. La fois où il s’est jeté sur un chasseur pour lui mordre l’oreille jusqu’au sang restera dans les anales longtemps.

Discographie

1- Ma poubelle m’a dit

2- Mon Dieu ! Sauve les bouseux !

3- Oh, ça c’est le petit Bush

4- Le coca est mon meilleur ami

5- Junkie juvénile

6- Laisse les meuh meuh tranquilles.

7- Je bois du lait… Et j’ai des allergies

8- Le fric, le fric, le fric

9- Les mecs, ça chauffe

10- J’aime les animaux, donc je les tue

11- Le p’tit chap’ et blanche nouille étaient goth

12- Ma p’tite centrale

13- Oh, Sarah!…

Guerres de jardin

« Alerte ! Alerte ! Le chef de la cinquième infanterie a eu un accident ! »

– C’est horrible ! Que lui est-il arrivé ? »

-Il s’est prit dans une toile d’araignée ! »

-Misère ! Qu’en est-il de l’opération barbe à papa ? »

-C’est un fiasco. Peu d’avancées dans le territoire de la Foire du Trône, et nous déplorons beaucoup de pertes moucheronnes, qui, enlisées dans les méandres du labyrinthe rose, ont succombé à l’appel du sucre ! »

-Quelle horreur ! Que faire ? Il doit y avoir un moyen. Je suis sûr que nous pouvons conquérir la Foire du Trône… »

Le chef des armées moucheronnes nota tout de même dans son carnet de bord : Opération barbe à papa, fiasco. Attention, les barbes à papa sont des pièges très sophistiqués. Ne pas sous estimer l’ennemi ! Il préparait la stratégie d’un nouveau plan d’attaque appelé opération pomme d’amour, quand soudain, des cris terrifiés retentirent dans la base moucheronne :

« Repli ! Repli ! Attaque de coccinelles ! »

En effet, les monstres à poids noirs s’avançaient dans le nid de feuilles, avalant tout sur leur passage. Un carnage ! Il fallait bien le dire : La chance n’était pas de leur coté. Pour éviter la catastrophe, le chef des armées décida que ça n’était pas le bon jour pour s’attaquer aux pommes d’amour. Par contre, l’opération « pic nique » était tout à fait réalisable. Après tout, c’était bien leur territoire que l’on envahissait. Restait, en ce jour funeste, à galvaniser les troupes.

« A vos marques… Prêts… Volez ! »

Pas de chance : C’était justement le jour qu’avaient choisi les mouches vertes pour faire leur grande course annuelle du noisetier à l’épicéa dont la récompense n’était à manquer pour rien au monde : Un délicieux tas de fumier encore chaud attendait le grand vainqueur de la course. Un lot de prestige ! Autant dire que la concurrence était rude. Certaines mouches venaient de très loin pour prétendre au titre honorifique et s’assurer un retour triomphant parmi leurs congénères. Il y avait une foule incroyable, là haut, un véritable bouchon aérien, impossible de passer. Et ça n’était pas demain qu’on allait convaincre les mouches vertes d’interrompre une course de cette importance : Depuis la Grande Bataille des Saules Pleureurs, les deux peuples étaient en froid.Mais un jour, il les aurait !

Le chef de la communication essayait de trouver un moyen de préparer les troupes à la prochaine grande épopée. Il commençait à y avoir des grognements, parmi les veuves éplorées. Peut être faudrait-il leur expliquer, par exemple, que les mouches vertes avaient inventé un nouveau venin foudroyant dans leurs récentes mutations, et que ledit venin pourrait anéantir le jardin… Ou qu’elles étaient les machiavéliques instigatrices des attentats suicides des abeilles contre les êtres humains, qui se faisaient exploser le dard dans les peaux calleuses pour la reine. Il y avait forcément une conspiration politique derrière tout ça. Les experts pourraient prouver facilement que c’était pour remonter jusqu’aux moucherons, évidemment. Les manipulation insidieuses des mouches vertes étaient même parvenu à convaincre les humain de fabriquer des pièges redoutables nommés Barbe à papa, et beaucoup de braves soldats étaient morts en se battant contre la coalition inter espèce. Oui, ils étaient tous contre eux, contre eux qui se battaient pour l’Honneur et la Justice, contre eux, les représentants de la civilisation, c’était un véritable complot ! Le chef des armées moucheronnes était inspiré. Cela ferait, certes, un beau discours, mais quand ces horribles mouches vertes cesseraient-elles de bloquer le passage en bourdonnant comme des aspirateurs déchaînés ? Insupportable ! Assourdissant ! Il n’y avait que des mouches vertes pour faire pareil vacarme ! Il fallait voler à raz le sol.

Tout en bas, deux fourmis étaient en pleine discussion politique :

« Bon, tu me laissera porter ce morceau de sucre, oui, ou non ? »

-Ah, non ! Tu m’avais dit que tu porterais la miette de pain ! »

-Radine ! »

-Feignasse ! »

Et soudain, toutes antennes levées : Mais pourquoi les moucherons volaient-ils aussi bas ?

A présent, il fallait atteindre le platane. Ouf ! Enfin un lieu calme et sûr ! On réinstalla le village moucheron sur le platane, et le chef des armées pu achever de préparer son discours. Le débat s’annonçait houleux et polémique : Une défaite et une attaque de coccinelles, ça faisait beaucoup, tout de même, il y avait de quoi décourager les troupes… Il y avait de grogne parmi les veuves éplorées. Le chef des armées avait vraiment un problème. Il y avait, certes, eu quelques victoires, mais ces guerres à répétition ne faisaient pas bouillir la marmite, et qui plus est, cela leur jouait des tours : Après le temps des victoires, venait le temps des défaites à répétitions.

« Boucher ! Assassin ! Meurtrier ! »

-… De notre belle nation moucheronne… »

-Qui nous rendra nos fils et nos maris ? »

-… Une conspiration… »

-Qui rétablira notre économie ? »

-… Malgré les pertes déplorées… »

-Ces- sez le carnage ! Il faut faire le grand ménage ! Ces- sez le carnage ! Il faut faire le grand ménage ! »

Déjà, une manifestation pacifique se mettait en place autour du platane : Les veuves éplorées faisaient la grève de la faim, les moucherons mâles qui restaient se juraient de ne plus manger que des feuilles cultivées bio, et on chantait contre les méfaits du sucre qui créait des comportements agressifs et avait rendu le chef des armées complètement fou. Le chef de la communication se sortit de l’embouteillage de mouches vertes juste à temps pour dire :

« Mais non ! C’est la faute des mouches vertes ! Elles veulent détruire le peuple moucheron en nous mettant les uns contre les autres ! »

-En avant pour l’épicéa ! »

Hurla la foule.