Guerre au hlm

C’était la guerre ! M.Chong, l’aimable et placide voisin au visage de bonze tibétain, avait fini par perdre son calme légendaire ! Cette pétasse arrogante de Piangini voulait la guerre ? Elle l’aurait !

C’était elle qui avait débuté les hostilités :

« Vous êtes le concierge ? » avait-elle dédaigneusement lâché à M. Da Silva sous prétexte qu’il était portugais. Il lui en aurait foutu, des concierges, lui qui payait son appartement 900 € par mois !

Ensuite, elle avait pris ses aises : sa saucisse sur pattes de chien et ses aboiements incessants, le souk qu’elle fichait avec ses amis bruyants tous les samedi soir…

Et son fils. Tout un poème son fils. Une tête à claque. Son foot rituel dans la cour de l’immeuble. Le ballon qui se retrouvait invariablement près des fenêtres de Mme Zénati la prof de yoga. Cette dernière avait essayé de s’expliquer calmement avec la Piangini :

« Pétasse mal baisée ! » ce monument d’élégance et de raffinement italien avait lancé :

-Ah bah c’est sûr que c’est pas votre cas ! Vous faites chier tout le monde ! On vous entend a des kilomètres ! Traînée ! »

Ce n’était pas tout : mégots de cigarette dans la cage d’escalier, et le marmot qui faisait ses besoins dans le local à vélo pendant ses siestes crapuleuses de l’après midi. Bonjour l’apprentissage du respect d’autrui ! Ce môme horrible s’était lié d’amitié avec d’autres délinquants en puissance, et il taguait les murs de son propre immeuble ! M. Chong l’avait même attrapé entrain de saboter sa voiture ! D’ailleurs, l’affaire s’était terminée au commissariat, et la Piangini avait écopé d’une amande qu’elle n’avait pas payée.

Et puis, il y avait eu l’affaire des poubelles. Et le vase n’était pas loin de déborder ! Elle avait commencé par mettre tout ce qui l’encombrait sur le palier : poussettes, sacs d’habits destinés à la déchetterie. M. Chong, qui ne pouvait plus passer dans son propre couloir, avait tenté de l’interpeler. Il avait même menacé de jeter tout son bazar pour avoir la paix ! Dans ce climat infernal, la Piangini ne répondait plus lorsqu’il sonnait à la porte. A ce petit jeu mesquin, s’était ajouté l’apposition de ses ordures ménagères sur le palier.

Un jour, la goutte d’eau finit par tomber. Le meilleur ami du fils Piangini avait marché dans une crotte de chien. Comme il ne voulait pas incommoder Mme Piangini, il eut l’idée de poser ses souliers sur le paillasson du voisin. Grand bien lui en fit ! Le sang de M. Chong ne fit qu’un tour : il saisit les infectes savates, et les jeta dans la benne à ordures collective. L’impudent rentrerait pieds nus, non mais ! Quelle ne fut pas la surprise de l’invité des Piangini ! Après une exclamation d’étonnement horrifié, la Piangini sonne chez M. Chong, accompagnée de son invité, son fils, et son mari. Le problème, c’est que M. Chong est en pleine sieste, et qu’il ne faut jamais déranger M. Chong lors de sa sieste, jamais ! Il les accueille avec un fusil. Conclusion : pour la deuxième fois, il se retrouve au commissariat avec les Piangini.

Trop, c’était trop. Tous les voisins établirent un conseil de guerre. Dans l’adversité, il fallait être solidaires. M. Da Silva s’arrangea avec un ami serrurier pour mettre le local à vélo sous clé. On jeta toutes ses affaires. Mme Zénati se mit à se poster régulièrement devant sa porte pour retirer les mauvaises ondes de l’immeuble à grand coup de fumigations. L’odeur de l’encens était si forte, que la Piangini cria plusieurs fois à l’incendie. On convint d’une heure, de préférence tardive, pour faire un boucan de tous les diables, précisément vers son appartement. Le ballon de son fils fut sauvagement crevé. Sa boîte aux lettres mystérieusement saccagée. On lui fit maintes autres misères, tant et si bien que par miracle, probablement grâce aux fumigations de Mme Zénati, la Piangini prit ses jambes à son cou, et s’enfuit.

La boîte

Anna et Raphaël avaient déménagé depuis peu de temps. Ils ne connaissaient personne dans le coin. Pas un copain à 10 km à la ronde. Bref, ils s’ennuyaient. Un week-end, alors qu’ils jouaient dans le jardin, leur ballon passa la barrière et se retrouva chez le voisin. Ils entendirent un couinement de douleur : leur ballon avait heurté son chien.

« Vas-y, toi ! » dit Raphaël.

– C’est toi qui tape toujours trop fort. » répondit Anna.

-Oui mais toi, il t’aime bien. »

En fait, c’était un homme étrange qui n’avait pas l’air d’aimer les enfants. Anna s’y colla tout de même en prenant son air le plus désolé :

« Bon… Bonjour, monsieur. Je suis la voisine. Avec mon frère, on s’excuse. On a fait tomber notre ballon dans votre jardin… »

-Vous avez jeté votre jeté votre ballon sur mon chien ! Petits mal élevés ! Vous méritez une bonne fessée ! » dit le vieil homme en traînant Anna à l’intérieur par le bras.

La petite fille ouvrit grand les yeux : de l’extérieur, la maison avait l’air tout à fait normale, mais de l’intérieur, on aurait dit un manoir hanté. Elle était remplie de vieux objets couverts de poussière et de toiles d’araignée. Quand Anna rentra chez elle, elle était partagée entre la colère provoquée par la fessée, et l’excitation de pouvoir raconter ce qu’elle avait vu dans l’étrange maison.

« Alors ? »

-C’est malin ! A cause de toi, j’ai pris une fessée ! »

-Mais c’est pas juste ! Tu t’es excusée, et en plus, on l’avait même pas fait exprès ! »

Comme Raphaël entraînait toujours sa sœur dans ses bêtises, ils finirent par décider de se venger. C’est lui qui eût l’idée de voler chez le vieux grincheux un de ses précieux objets.

Ce jour-là, le voisin était parti faire une course et le chien dormait. Les enfants partirent en commando. Ils passèrent par le jardin arrière, et se faufilèrent par une fenêtre. Raphaël n’en croyait pas ses yeux : une maison hantée ? C’était une caverne d’Ali Baba ! Il se mit à fureter partout à pas de loups. Anna était de plus en plus mal à l’aise :

« Bon, dépêche-toi, Raphaël ! Le chien va se réveiller ! »

Soudain, les enfants entendirent un bruit de voiture dans l’allée. Anna attrapa une vieille boite en fer, et tira son frère par la manche :

« On s’en va ! »

Les enfants filèrent. Le chien se mit à aboyer. Les enfants parvinrent à rentrer chez eux juste à temps.

« On aurait pu trouver mieux… » fit remarquer Raphaël déçu en examinant leur trophée.

Les jours passèrent. Les enfants avaient oublié leur bêtise, et le voisin n’était pas venu réclamer sa vieille boîte chapardée. Un jour, ils étaient entrain de jouer dans leur chambre, quand leur mère ouvrit la porte :

« A table ! Dis-donc, c’est un vrai capharnaüm, ici ! Vous allez me ranger cette chambre après le déjeuner ! »

Après le déjeuner, donc, Anna et Raphaël réalisèrent qu’il y avait du travail. Anna commençait à pousser ses poupées dans le placard, quand son pied heurta la vieille boîte en fer :

« Tiens, je vais mettre mes poupées là. »

-Elles ne vont jamais toutes rentrer ! »

Anna commença à entasser ses poupées. Comme il semblait toujours y avoir de la place, Raphaël déposa un camion, puis deux… Les enfants se regardèrent médusés. Puis, ils se mirent à y fourrer le reste de leurs jouets. Même les objets plus grands que la boîte parvenaient comme par magie à y entrer.

« Raphaël, j’ai peur ! »

-Mais quelle poule mouillée ! »

La boîte devint le rangement préféré des enfants.

Un autre jour, après le dîner, les enfants se disputèrent, et Raphaël arracha la tête de la Barbie Malibu d’Anna. Anna cria si fort que leur mère les envoya directement se coucher. Anna posa tristement sa poupée cassée dans la boîte. Le lendemain, elle rouvrit la boîte pour récupérer sa poupée, et découvrit avec stupeur que sa tête s’était mystérieusement recollée. Comme ce genre d’incident arrivait souvent, la boîte fut utilisée comme dispensaire pour poupées.

Cette nuit-là, Anna n’arrivait pas à dormir à cause de sa maîtresse qui l’avait vertement grondée. Elle retournait dans sa tête ses soucis, quand tout à coup, elle entendit un bruit. C’était un petit bruit, comme étouffé. Il semblait venir de très près. Elle se demandait s’il s’agissait d’une souris. Intriguée, elle se leva pour voir d’où venait le bruit. ça venait du pied du lit. Quand Anna se rapprocha, son cœur fit un bond : sur le rebord de la boîte, l’Action Man de Raphaël s’entretenait avec sa Barbie Malibu :

« Anna me traite très bien, » c’était Malibu :

-Mais Raphaël est un monstre ! Il m’arrache la tête sans arrêt ! »

-Ne m’en parle pas ! Il me jette du haut des escaliers, me démonte les jambes, me plonge dans le bocal du poisson rouge exprès ! »

-Ah, mademoiselle Anna ! » fit Malibu en regardant Anna dans les yeux :

-Je dois vous dire que je ne suis pas du tout d’accord avec votre idée de me teindre les cheveux en bleu. De plus, je conçois que vous ayez des problèmes à l’école, mais il me semble injuste de me dire à moi que je ne suis pas sage : je suis une poupée. »

-Vous… Vous parlez ? »

-Évidemment. C’est une boîte magique. Nous nous animons la nuit. »

-Je… Je crois qu’il vaut mieux que j’aille me recoucher. »

Raphaël ne crut pas Anna quand elle parla de l’incident le lendemain matin :

« T’as fait un cauchemar vraiment bizarre. »

Au fil des maltraitances, la grogne montait chez les objets. Anna essayait de prévenir Raphaël pour qu’il soit plus gentil avec eux, mais il n’écoutait pas. Une nuit, les objets finirent par se venger. Les fils de la Wii attachèrent les bras de Raphaël en s’exclamant : « Ouiiii ! », les fesses rembourrées du nounours d’Anna faisaient un bâillon parfait, les Action Men de Raphaël se mirent à faire du trampoline sur son ventre pendant que l’équipe des Barbie lui tiraient les cheveux. Le petit garçon ne pouvait pas bouger. Au petit matin, tout le monde retourna bien sagement dans la boîte.

Les enfants ne savaient pas comment se sortir de cette situation : fermer la boîte avec des objets lourds, jeter la boîte sans les objets, jeter la boîte avec les objets. Chaque nuit, la boîte réapparaissait. Chaque nuit, Raphaël se faisait maltraiter. Le manque de sommeil se faisait sentir, et Anna était terrorisée.

Anna décida d’en parler au voisin :

« Mon… Monsieur… C’est la voisine… J’ai quelque chose à vous dire… »

Le voisin commença par se fâcher tout rouge pour sa boîte, et Anna se prit une deuxième fessée. Puis, lorsque la petite fille entreprit de lui raconter les problèmes qu’elle et son frère avaient eus, il ne put s’empêcher de rire en s’exclamant que c’était bien fait. Enfin, de bonne humeur, il entreprit de les aider. Il sortit différents articles ésotériques de ses placards :

« Apporte-moi la boîte. On va la démarabouter. »

The cheap weirdos

La rencontre

Pensionnat privé pour garçons. En 6e, un gamin maigre comme un clou répond à ses professeurs. En 5e, un autre dort très régulièrement en classe. En 4e, on renvoie un troisième gamin pour avoir frappé un de ses camarades. Pas vraiment un conte de fées. a force de passer des heures de colle ensemble, ils finissent par devenir copains. ça aurait pu s’arrêter là. Ben non. Les trois gamins décident de monter un groupe de rock. Un délire d’ados. Une vraie blague, au départ. Ils se font appeler Dalton, Sleepy, et Trash, et se déhanchent dans les rues de la ville avec un sac poubelle sur la tête. Pas de quoi fouetter un chat , Ben si.

Le groupe

Vous prenez les jeans troués et les pulls ratés par mamie de Nirvana, la voix d’outre tombe du chanteur des Rammstein, vous mélangez ça avec des instruments trouvés dans les poubelles de votre quartier. Les sacs poubelles sur la tête pour faire des économies sur l’eye liner. Pas le groupe à gros budget. On ne peut pas dire qu’on craque sur leur belle gueule joliment maquillée.

Mais ça marche !

Pourquoi ? Parce qu’ils évitent les refrains prémachés sur leur adolescence difficile ? Parce qu’ils ne renient en rien leur idéalisme je-m’en-foutiste limite sectaire ? Et surtout, qui ? Qui peut bien vouloir écouter des activistes fous en sacs poubelles au sens de la mode plus que relatif ? Nous. Comment ? En se faufilant dans des squats arty, évidemment.

Parcours musical

Au début, la petite bande se réunissait chez Trash. Il y avait tout ce qu’il fallait dans la cave, et ils faisaient enrager les voisins d’à coté. Dalton avait un sens du rythme de tortue mauricienne, Trash était tout juste entrain de muer, et Sleepy jouait de la guitare au moins aussi bien que ses pieds. Autant dire qu’au départ, c’était pas gagné.Ils en ont tout de même eu assez de se casser les oreilles mutuellement, et ils se sont mis à pratiquer plus sérieusement.

Ils se nourrissent de leurs voyages en sac à dos. C’est après leur premier tour du monde qu’ils sont devenus des activistes fous, et qu’ils ont trouvé leur dernier nom de groupe en date : les Cheap Weirdos.

Trash

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Papa était ingénieur agronome, et maman était architecte paysagiste. Autant dire que dans la famille, l’environnement, on connaissait. Autant dire aussi qu’il n’était pas destiné à devenir la figure de proue d’un groupe grunge, notre Trash. Il devait devenir ingénieur comme papa. On le destinait à une vie bien rangée. Raté.

Trash est l’intello de la bande. Il décroche même une licence d’économie. Mais ça n’est pas son truc. Il vire donc philosophe, puis rencontre un groupe d’hurluberlus freegan. Pourquoi donc continuer de philosopher, quand on peut s’en prendre joyeusement aux poubelles d’un supermarché ?

Notre rebelle dans l’âme se fait régulièrement arrêter pour trouble à l’ordre public. C’est un fervent adepte de l’Église de la Très Sainte Consommation, et à ses heures perdues, il tombe régulièrement en extase devant des rayons de papier toilette, de livres Arlequin, ou de Belin petit déjeuner. Perturbant pour la clientèle, mais les videurs doivent bien trouver à s’occuper.

Sleepy

sleepy

Les parents du plus peace and love du groupe ont été hippie. Elle est fleuriste, il est gérant d’une boutique bio. Avec de tels parents, Sleepy ne pouvait pas être un énervé.

N’étant pas assez énervé, donc, pour le système scolaire, Sleepy, après avoir passé son bac, cultive (c’est de cas de le dire) ces talents botaniques… Et se fait arrêter. On l’accuse de dealer. Alors qu’il ne fait que distribuer ses plants de cannabis. Tout en générosité.

Fidèle à lui-même, Sleepy se fait régulièrement taper sur les doigts pour exhibitionnisme lors de manifestations contre la faim dans le monde, et pour la paix. Alors que la nudité, c’est naturel.

Dalton

dalton

Cendrillon des temps modernes au masculin, le petit Dalton est né d’une mère alcoolique et d’un père fantôme. Il se retrouve dans une famille d’accueil, puis une autre… Non. On rigole. Papa est militaire. Le garçon a juste développé une allergie à l’autorité.

Dalton, après une scolarité en dents de scie, réussit à passer un bac pro, puis à trouver un patron pour devenir apprenti plombier. Résultat, il pète vite un câble, bien sûr. Puisqu’on vous dit qu’il est allergique à l’autorité. De patron en patron, il enchaîne les petits boulots. Et se déchaîne sur sa batterie. Et marche en tête de toutes les manifestations anar qu’il peut trouver.

On ne compte pas le nombre de fois où Dalton s’est fait arrêter pour violence sur la personne de policiers. La fois où il s’est jeté sur un chasseur pour lui mordre l’oreille jusqu’au sang restera dans les anales longtemps.

Discographie

1- Ma poubelle m’a dit

2- Mon Dieu ! Sauve les bouseux !

3- Oh, ça c’est le petit Bush

4- Le coca est mon meilleur ami

5- Junkie juvénile

6- Laisse les meuh meuh tranquilles.

7- Je bois du lait… Et j’ai des allergies

8- Le fric, le fric, le fric

9- Les mecs, ça chauffe

10- J’aime les animaux, donc je les tue

11- Le p’tit chap’ et blanche nouille étaient goth

12- Ma p’tite centrale

13- Oh, Sarah!…

Guerres de jardin

« Alerte ! Alerte ! Le chef de la cinquième infanterie a eu un accident ! »

– C’est horrible ! Que lui est-il arrivé ? »

-Il s’est prit dans une toile d’araignée ! »

-Misère ! Qu’en est-il de l’opération barbe à papa ? »

-C’est un fiasco. Peu d’avancées dans le territoire de la Foire du Trône, et nous déplorons beaucoup de pertes moucheronnes, qui, enlisées dans les méandres du labyrinthe rose, ont succombé à l’appel du sucre ! »

-Quelle horreur ! Que faire ? Il doit y avoir un moyen. Je suis sûr que nous pouvons conquérir la Foire du Trône… »

Le chef des armées moucheronnes nota tout de même dans son carnet de bord : Opération barbe à papa, fiasco. Attention, les barbes à papa sont des pièges très sophistiqués. Ne pas sous estimer l’ennemi ! Il préparait la stratégie d’un nouveau plan d’attaque appelé opération pomme d’amour, quand soudain, des cris terrifiés retentirent dans la base moucheronne :

« Repli ! Repli ! Attaque de coccinelles ! »

En effet, les monstres à poids noirs s’avançaient dans le nid de feuilles, avalant tout sur leur passage. Un carnage ! Il fallait bien le dire : La chance n’était pas de leur coté. Pour éviter la catastrophe, le chef des armées décida que ça n’était pas le bon jour pour s’attaquer aux pommes d’amour. Par contre, l’opération « pic nique » était tout à fait réalisable. Après tout, c’était bien leur territoire que l’on envahissait. Restait, en ce jour funeste, à galvaniser les troupes.

« A vos marques… Prêts… Volez ! »

Pas de chance : C’était justement le jour qu’avaient choisi les mouches vertes pour faire leur grande course annuelle du noisetier à l’épicéa dont la récompense n’était à manquer pour rien au monde : Un délicieux tas de fumier encore chaud attendait le grand vainqueur de la course. Un lot de prestige ! Autant dire que la concurrence était rude. Certaines mouches venaient de très loin pour prétendre au titre honorifique et s’assurer un retour triomphant parmi leurs congénères. Il y avait une foule incroyable, là haut, un véritable bouchon aérien, impossible de passer. Et ça n’était pas demain qu’on allait convaincre les mouches vertes d’interrompre une course de cette importance : Depuis la Grande Bataille des Saules Pleureurs, les deux peuples étaient en froid.Mais un jour, il les aurait !

Le chef de la communication essayait de trouver un moyen de préparer les troupes à la prochaine grande épopée. Il commençait à y avoir des grognements, parmi les veuves éplorées. Peut être faudrait-il leur expliquer, par exemple, que les mouches vertes avaient inventé un nouveau venin foudroyant dans leurs récentes mutations, et que ledit venin pourrait anéantir le jardin… Ou qu’elles étaient les machiavéliques instigatrices des attentats suicides des abeilles contre les êtres humains, qui se faisaient exploser le dard dans les peaux calleuses pour la reine. Il y avait forcément une conspiration politique derrière tout ça. Les experts pourraient prouver facilement que c’était pour remonter jusqu’aux moucherons, évidemment. Les manipulation insidieuses des mouches vertes étaient même parvenu à convaincre les humain de fabriquer des pièges redoutables nommés Barbe à papa, et beaucoup de braves soldats étaient morts en se battant contre la coalition inter espèce. Oui, ils étaient tous contre eux, contre eux qui se battaient pour l’Honneur et la Justice, contre eux, les représentants de la civilisation, c’était un véritable complot ! Le chef des armées moucheronnes était inspiré. Cela ferait, certes, un beau discours, mais quand ces horribles mouches vertes cesseraient-elles de bloquer le passage en bourdonnant comme des aspirateurs déchaînés ? Insupportable ! Assourdissant ! Il n’y avait que des mouches vertes pour faire pareil vacarme ! Il fallait voler à raz le sol.

Tout en bas, deux fourmis étaient en pleine discussion politique :

« Bon, tu me laissera porter ce morceau de sucre, oui, ou non ? »

-Ah, non ! Tu m’avais dit que tu porterais la miette de pain ! »

-Radine ! »

-Feignasse ! »

Et soudain, toutes antennes levées : Mais pourquoi les moucherons volaient-ils aussi bas ?

A présent, il fallait atteindre le platane. Ouf ! Enfin un lieu calme et sûr ! On réinstalla le village moucheron sur le platane, et le chef des armées pu achever de préparer son discours. Le débat s’annonçait houleux et polémique : Une défaite et une attaque de coccinelles, ça faisait beaucoup, tout de même, il y avait de quoi décourager les troupes… Il y avait de grogne parmi les veuves éplorées. Le chef des armées avait vraiment un problème. Il y avait, certes, eu quelques victoires, mais ces guerres à répétition ne faisaient pas bouillir la marmite, et qui plus est, cela leur jouait des tours : Après le temps des victoires, venait le temps des défaites à répétitions.

« Boucher ! Assassin ! Meurtrier ! »

-… De notre belle nation moucheronne… »

-Qui nous rendra nos fils et nos maris ? »

-… Une conspiration… »

-Qui rétablira notre économie ? »

-… Malgré les pertes déplorées… »

-Ces- sez le carnage ! Il faut faire le grand ménage ! Ces- sez le carnage ! Il faut faire le grand ménage ! »

Déjà, une manifestation pacifique se mettait en place autour du platane : Les veuves éplorées faisaient la grève de la faim, les moucherons mâles qui restaient se juraient de ne plus manger que des feuilles cultivées bio, et on chantait contre les méfaits du sucre qui créait des comportements agressifs et avait rendu le chef des armées complètement fou. Le chef de la communication se sortit de l’embouteillage de mouches vertes juste à temps pour dire :

« Mais non ! C’est la faute des mouches vertes ! Elles veulent détruire le peuple moucheron en nous mettant les uns contre les autres ! »

-En avant pour l’épicéa ! »

Hurla la foule.

La grenouille amoureuse

Croate la grenouille était amoureuse. Elle était amoureuse et malheureuse. L’objet de son admiration, de son étonnement, de sa vénération, était une minette blanche. Une minette qui ne la voyait même pas. C’était une ineptie, au village des grenouilles. C’était une hérésie au village des chats. Quand on attrappait Croate en pleine escapade hors du marais, on lui titrait la langue. Quand on apercevait ses petites pattes vertes au village des chats, on lui montrait les dents. Ce n’était pas sa faute, tout de même, si Blanche était séduisante!

Un jour, alors qu’elle traversait le grand champ, elle se lamenta : « comme j’aimerais devenir un chat!… »

La voix tonitruante de l’effroyable, du terrifiant, du monstrueux épouvantail rose fit trembler les nuages : « Être ou ne pas être un chat, telle est la question. A l’entrée du village des chats, sur une balançoire, la se trouve l’objet de ton affection. Donne lui un baiser pour ta transformation. »

Après avoir longtemps sautillé, Croate trouva son aimée. Elle dit : « pardon, c’est mal poli et tout, mais je dois te faire un bisou. » Elle prit son élan, toutes pattes devant, et…

POUF.

Sur la balançoire, la princesse Blanche croisa les jambes, réajusta sa couronne, et regarda la princesse Croate de haut en bas : « Je croyais que je serai sauvée par un prince, moi. Mais bon. Ne restez pas plantée la. Courrez vite vous mettre un pantalon. »

orc complain

Aye good sir! It ain’t good bein’ an orc, these days! Because all the other races, they ain’t fair! They call ye stupid and ugly! And they look down on ye like it the normal ting! And they say it’s good to kill ye cuz they call ye evil and that’s mean!

We ain’t evil! Sometimes, we might eat a little girl or two, but that’s because we’s hungry! Them dark lords we work for, they don’t give us them fancy foods like bread and tings!

Last time, i told à gilly : « i won’t eat ye because ye’s ugly like me. » The gilly cries, so i eats her. See? We ain’t evil! We has a heart too!

Now, they get waaaay too nice with humans i say. A stinking drunken brute with a fur cloak they call a king, an’ bow to salute him too. A spoiled little gilly with a schrieking voice, they call a princiss, an’ treat her like a precious ting. But i had a princiss once, and she wasn’t even good food! All fat, no muscles. Nothing consistent enough to fill an orc’s belly properly. Don’t sound like quality food to me! Farm gillies more healty.

It ain’t good bein an orc, i say! We’s sport for heros, an game for wood elves, an slaves for bad wizids! An none will tell us a good word, cuz ooooooh it soooooo evil to have princiss!

The world ain’t fair, good sir! The world ain’t fair to us poor tings!

 

 

Image de : Image par<a href= »https://pixabay.com/fr/users/rhennesy-1240091/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=3441846″>rhennesy</a&gt; de <a href= »https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=3441846″>Pixabay</a&gt;

Je suis l’eau

Je suis l’eau. Je boue sans brûler. Je bulle, et J’écume, et je fume, et je ne sais que couler. Je suis le tourbillon qui danse et la mousse qui monte. Je suis la bulle qui éclate en silence. Je suis le calme effervescent, le lisse dans le mouvement, je suis nectar, puis bulle, puis fumée. Et je monte, je suis plus légère qu’une plume, poussée par les courbes flutées du vent, de nuage en nuage, toujours plus diluée, toujours plus haut, toujours plus grise.

Et je suis la brise. Le souffle, l’inspir qui frôle, qui soulève avec douceur ce qui est léger. Je passe ai creux d’une oreille, dans le coin d’une feuille, sur le duvet d’un oiseau, dans le pétale d’une fleur. Les petites bêtes montent sur mon dos pour glisser dans la soie de l’azur, les lacs se rident d’une caresse de moi. Mon chuchotement subtil lévite un instant en effleurant les peaux, avant de s’évanouir dans les hauteurs, mystérieux et frêle.

Et je suis le ciel. Je suis celui qui voit de loin et de haut. Je suis l’ivresse, le repère, le refuge de l’oiseau. L’immensité placide qui sourit à la lumière. L’oeil qui veille dans le désert. Je suis la matrice des nuages, sans contrainte, sans limite, sans âge. Mes poumons expirent les étoiles, les pollens, et les plumes. Je veille sur le monde et je berce la lune. Et je bois les bruits perdus, les prières qui montent à mes oreilles.

Et je suis le soleil. Je coule, et je fume, et j’écume, et je ne sais que brûler. Dans le noir infini, je suis la chaleur, la lumière, et la vie. Je ne suis qu’explosions, matières en fusion, forces titanesques en ébullition. Je suis, énergie, force vitale, et destruction. Bruyant comme ce qui se consume, et paisible comme ce qui n’est fait que pour se consumer. Immense dans mon petit système, et minuscule dans ma galaxie à la fois. Et des planètes tournent autour de moi.

Et je suis…

– pénible! Ça fait des heures que vous encombrez le spa!

La bulle

Fermez les yeux. Faites une bulle. Ce n’est pas une bulle de savon qui éclate au moindre vent. Ce n’est pas non plus une bulle de chewing-gum qui peut se rouler en boule en vous collant. Faites une bulle, tout ce qu’il y a de plus propre, tout ce qu’il y a de plus sec, et installez-vous confortablement. Ah. J’oubliais : il faut qu’elle soit assez grande pour vous contenir, cette bulle. Ce n’est pas une bulle pour votre sac à main. Ce n’est pas une bulle pour votre tablette. Et de grâce, n’allez pas y enfermer votre chien. C’est comme une bulle d’oxygène, si vous voulez. Mais en mieux : en indestructible, insonorisé. Cette bulle est à vous. Personne ne peut y pénétrer.

Bon. Vous êtes prêt ? On se concentre. Oui, oui. Vous êtes dans le RER. Le trafic est interrompu. Vous êtes collé contre la vitre. Le passager derrière vous a un sac à dos qui est possiblement un sac de randonnée. Oui, il y a aussi une dame, quelque part, qui essaye de calmer un enfant qui hurle. Eh bien, justement ! C’est le moment de la créer, cette bulle. Un petit effort, que diable ! On ferme les yeux, et mentalement, on tend le doigt. L’index, d’accord ? La situation n’est pas une excuse pour avoir l’esprit mal placé. L’index, donc, est le doigt que vous tendez. C’est simple, en fait. Index tendu devant vous, vous tracez une ligne courbe, comme si vous aviez une craie. C’est vrai. Il faut reconnaitre que vous êtes un peu confiné. Imaginez une craie, alors. Elle se déplace toute seule, juste au niveau de votre nez. Elle part de la gauche et va vers la droite. Là, elle rase le cou du porteur de sac de randonnée. Elle continue jusqu’à ce que la courbe soit bien fermée. Insistez bien sur ses contours, que les parois de votre bulle ne laissent rien passer. Normalement, la courbe devenue cercle prend une troisième dimension. Comment ça, ça ne marche pas ? On s’applique ! Concentration ! Votre bulle n’englobe que vous. Rien ne peut vous atteindre. Vous êtes calme, et apaisé.

La lumière du RER vient de s’éteindre, et l’alarme sonne sans qu’il ne se passe rien. Le monsieur au sac de rando s’écrase littéralement contre vos omoplates. Vous pourriez faire un inventaire de ses affaires. L’enfant hurle toujours. Et voilà que votre bulle apparaît et disparait aussitôt, éclatée par toutes ces distractions. Vous n’êtes pas assez entrainé. Essayons de trouver une autre solution.

Vous êtes au Machu-Pichu. C’est un volcan, pas un Pokemon. Au Machu-Pichu, donc. Vous êtes au sommet. Vous voyez, le fonds du cratère plein de lave, comme il bouillonne. C’est comme dans le Seigneur des Anneaux, c’est vrai. Oui, vous pouvez choisir le Mordor si vous voulez. Enfin, vous êtes au-dessus d’un puits de lave incandescente, bouillonnante. Vous êtes sûr de ne pas vouloir être au Machu-Pichu ? Bon, bon. C’est vous le client, après tout. Le Mordor, donc. Jetez un petit coup d’œil mental à votre rame de métro. Vous voyez, le mioche qui hurle ? Vous le voyez ? VLAN ! Vous pouvez l’y balancer ! Le randonneur qui vous colle ? On commence par les chaussures à crampon qui écrasent vos talons. VLAN ! Vous les voyez fondre, avant de couler ? Le sac à dos, maintenant ! VLAN ! Ça a l’air increvable, ces machins, mais ça ne peut pas résister à la lave d’un volcan. Hop ! Hop ! Le bonhomme ! VLAN ! On l’entend hurler : « AAAAAAAAAAAAAAAGH ! » alors qu’il plonge dans la lave bouillonnante. Qui d’autre ? Qui n’en veut ? La dame qui râle, là-bas, au fond ! VLAN !

Vous avez compris le principe. Quand vous aurez fini de vous occuper des gens de la rame, vous pourrez balancer les passagers agglutinés sur le quai qui s’apprêtent à déclencher un pugilat. Vous pourrez étendre aux agents de la RATP. Vous pourrez également balancer leurs caténaires défectueuses. Et ce soir, vous n’hésiterez pas à pousser votre conjoint dans le Mordor s’il ose râler parce que vous êtes en retard pour le dîner.

Papa Soleil et Maman Lune

Un jour, Papa Soleil dit a Maman Lune :

« Nous avons trop d’enfants! Ils ne nous causent que des soucis! »

Maman Lune répondit :

– Si tu le dis, je suis aussi de ton avis. »

-J’ai une idée! Je sais comment nous en débarrasser! Nous allons les manger!»

-Manger ses propres enfants, c’est tout de même bien embêtant.»

-Je mangerai tes enfants!» dit Papa Soleil rassurant:

-Je t’enverrai les miens, et tu feras pareil.»

-Si tu le dis, allons-y.»

Papa Soleil envoya un de ses enfants. Maman Lune le recoiffa, le déguisa, le maquilla, lui mit du sel et du poivre sur la tête, et le renvoya à son papa. Papa Soleil, croyant que c’était un enfant de Maman Lune, le mangea.

Il envoya un deuxième enfant. Maman Lune le recoiffa, le déguisa, le maquilla, lui mit du sel et du poivre sur la tête, et le renvoya à son papa. Papa Soleil, croyant que c’était un enfant de Maman Lune, le mangea.

Il envoya un troisième enfant. Maman Lune le recoiffa, le déguisa, le maquilla, lui mit du sel et du poivre sur la tête, et le renvoya à son papa. Papa Soleil, croyant que c’était un enfant de Maman Lune, le mangea.

Il fit tant et si bien, que quand il fut rassasié, il n’y avait plus d’enfant soleil à envoyer.

C’est pourquoi le jour, Papa Soleil est tout seul dans le ciel, tandis que la nuit, Maman Lune est entourée de ses enfants qu’elle n’a pas mangés. C’est pourquoi aussi, ayant découvert la supercherie, Papa Soleil, de furie, la poursuit.

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Courage, au pays du Grand Chaussette (les petites chaussettes bleues)

« Ignorants ! » hurlait le Grand Chaussette en fureur.

– Oh oui ! Oh oui ! » répondait la foule.

– Êtres inférieurs ! » reprenait il fulminent.

– C’est vrai ! C’est vrai ! » répondait la foule avec frénésie.

– Sous crottes d’écureuil ! »

– Ouais ! »

– Sous crachat de mouche enrhumée ! »

– Ouais ! »

– Sous vomi de moucheron macéré ! »

– Vous avez raison ! »

– Vous ne méritez pas ma présence ici ! Vous ne méritez pas ma sagesse infinie ! Je vous méprise profondément ! Je vous crache à la figure ! Je vous pisse à la raie ! »

– Encore ! Encore ! » scandait la foule en délire.

Le prix de l’entrée du temple avait encore augmenté. Le chevalier Courage revenait tout juste de sa dernière aventure.

« Vous êtes en retard. » remarqua l’aimable guichetier.

– Je combattais un monstre sanguinaire pour sauver le monde, désolé. »

– Ça me fait une belle jambe. Un retard, c’est un retard. Pour vous, le prix est doublé. » sourit l’aimable guichetier de toutes ses dents éblouissantes bien lavées.

Courage paya le prix fort. On le laissa entrer. En se prosternant devant la Chaussette des Chaussettes laissée sur Terre par le Sublimissime comme preuve irréfutable de sa présence vénérée, Courage remarqua que la princesse Fiou-Fiou avait disparu. Cette découverte ne manqua pas de l’alarmer. En sortant du temple, il sut qu’une autre mission l’attendait. Il rassembla Hum Hum, son fidèle écuiller, Miam, son dévoué cuisinier, et Zion, son fier destrier.

« Bon, ben va encore falloir taper le roi. » fit remarquer Miam.

« J’ai pas envie de mourir de faim, moi. »

« QUOIIII ?! » hurla le très honorable roi quand on lui fit savoir qu’on demandait audience. Il fallait le comprendre. Il était occupé à des affaires urgentes : il se passait de la gommina.

« On a enlevé votre fille, très honorable Sire. »

Le roi fronça les sourcils. Il fit appeler sa chère et tendre :

« Femme, vous avez vu Fiou-Fiou ? »

– Rustre, vous savez que je ne lui parle plus. »

– Ah oui, c’est vrai, vous ne parlez plus à personne. »

– Si je puis me permettre, » fit le laquet,

– Votre fille a effectivement disparu. »

– Ah bon ? » dit le roi Çémoi.

– J’avais pas remarqué. » dit la reine Mai.

Le roi bailla, et, donc, très affecté par la disparition de sa fille unique, jeta une bourse au preux chevalier.

« Je veux une rivière de diamants TOUT DE SUITE, SINON, JE HURLE ! » affirma la reine d’un ton autoritaire. On reconduisit les visiteurs à la porte. Il fallait respecter l’intimité du couple royal pour sa troisième scène de ménage de la journée.

dans la bonne contrée du monde à l’envers, à Toc-Toc-Au-Château ville, Lulule, une méchante princesse, tentait d’éduquer son dragon nain. Ce dernier rêvait d’une carrière de danseur étoile à l’opéra enchanté. Ce métier l’attirait d’autant plus qu’au cours de ballet, on lui avait chuchoté qu’il avait du talent et que son tutu rose lui seyait à ravir. Depuis, il avait accroché des pâquerettes géantes à ses narines, et marchait sur la pointe des pieds toutes la journée. Quand il crachait du feu, ses petites flammes roses formaient d’adorables cœurs vaporeux avant de s’éteindre. La pauvre princesse était désespérée.

« Je laisse tomber. » soupira-t-elle épuisée.

Courage, Hum-Hum, et Miam la retrouvèrent effondrée sur le trône. Ils lui expliquèrent l’objet de leur quête.

« On partira ensemble. » dit la princesse Lulule.

-Je vais récupérer mon mari. Vous savez ce que c’est, les princes. Surtout quand ils sont charmants, faut toujours leur courir après. Tenez, je vous fais cadeau de mon dragon, si vous voulez. »

Les compagnons, qui n’avaient pas encore vu la tête du dragon, acceptèrent avec plaisir, et louèrent sa grande générosité. Le lendemain, les trois larons et la princesse s’apprêtèrent à partir.

« Je suis fin prêt ! » chantonna le dragon d’une voix mélodieuse.

-Ah ouais… » souffla Hum-Hum atterré par cette vision.

-Mais qu’est-ce qu’on va en faire ? »

Lulule éclata d’un rire maléfique, et fila comme le vent pour récupérer son prince charmant.

« J’ai mal aux pieds… » grognait le dragon.

-Arrête de marcher sur les pointes ! »

-C’est de l’art, tu comprends pas. »

-Sois artistique en volant, alors. »

-J’ai le vertige, je peux pas. »

-C’est loin ? » grognait toujours le dragon.

-J’ai froid… »

-J’ai faim… »

-Je suis allergique à la poussière… »

-Je me suis cassé un ongle… »

-Je vais attraper un rhume… »

-On peut pas s’arrêter ? »

Et ainsi toute la journée. Les trois compagnons et leur dragon, donc, passèrent par Cool-Mimine, Balais-Sous-Les-Ponts, Cendrière, Sila-Est-Con, et Tuez-Keny. Le ravisseur devait forcément s’y trouver. Les compagnons eurent de la chance. Quand ils arrivèrent, il était 20h00, l’heure des informations à la criée. L’heure idéale pour obtenir des renseignements.

« Un chasseur sachant chasser sans son chien fit sécher ses chaussettes sur une souche sèche. Je répète : un chasseur sachant chasser sans son chien fit sécher ses chaussettes sur une souche sèche. » informait le crieur.

-Excusez-moi… » dit timidement Courage.

-Ah… Ah… On me dit dans mon oreillette… Flash spécial : ce matin, un lapin a tué le chasseur. Je répète : ce matin, un lapin a tué le chasseur. C’était un lapin qui avait un fusil. »

-Excusez-moi… » reprit Courage.

-Je cherche une personne qui a enlevé une princesse dénommée Fiou-Fiou ? »

-Oh, vous parlez de Greu ? » cria le crieur.

-Mais vous ne saviez pas qu’il comptait la sacrifier au Sublimissime à Chaussette Village ? »

Les trois compagnons n’avaient donc plus qu’à retourner d’où ils venaient. Leur crieur put informer les villageois que le lapin en question était recherché pour trafic d’armes. On fit circuler un portrait robot. Sur la place, le dragon dansait.

Dare dare, ils arrivèrent à Chaussette Village, et demandèrent un entretien d’urgence avec le Grand Chaussette. Malheureusement, ils était en pleine cérémonie.

« Vous êtes encore en retard. » remarqua l’aimable guichetier.

hum-Hum l’assomma avec sa massue. Ils n’avaient pas le temps de parlementer. Sur l’autel fleuri, la princesse Fiou-Fiou était attachée à un bûcher, et souriait aux paparazzis avant d’être immolée.

« Mort à Fiou-Fiou ! » déclamait le Grand Chaussette solennellement.

-Mort ! Mort ! Mort ! » scandait la foule.

-Pour le Sublimissime ! »

-Ouais ! »

Courage monta sur l’autel, épée hors du fourreau en hurlant :

« Non ! Vous n’immolerez pas cette vierge innocente, car… C’est mal. »

-Et alors ? » fit le Grand Chaussette en haussant les épaules.

-Ben quoi ? » s’enquit la foule.

Courage détacha la princesse Fiou-Fiou.

« Ah bah non ! » dit la princesse.

-C’est le rôle de ma vie. Je vais quand même pas rater ça ! »

-Si je puis me permettre, » suggéra Hum-hum.

-On veut vous brûler. »

-Mais je serai célèbre. »

-Dans ce cas… »

Pour une fois qu’il avait un public, le dragon ne out s’empêcher de monter sur l’autel pour faire quelque pas chassés.

« Oh, comme il est mignon ! » s’extasia la princesse.

-Quelles pâquerettes magnifiques ! Ce tutu vous sied à ravir, monsieur Dragon ! » Elle résolut :

-Bon je veux bien que vous me libériez, si je peux l’emmener avec moi. »

-Bah voilà, il a une utilité ! », fit Miam.

-Attendez ! » s’indigna le Grand Chaussette.

-Moi, il me faut quelqu’un à sacrifier ! Vous cassez mon effet, là ! »

-Ben oui ! » grogna Greu en enlevant sa cagoule de bourreau :

-J’ai du boulot, moi ! »

– Je veux un diadème en or TOUT DE SUITE, SINON, JE HURLE ! » s’exclama la reine en se tournant vers le roi.

Du coup, tout le monde partit pour préserver l’intimité du couple royal, et la princesse Fiou-Fiou ne fut pas exécutée.Elle emmena le dragon dans son château, où il fit de très remarquées représentations. Après cette expérience traumatisante, le dragon renia la Chaussette des Chaussettes, et se laissa enrôler dans la secte du Tout-Va-Bien, où ils étaient pour les fleurs, contre la violence, et les ongles cassés. Courage, Hum-Hum et Miam décidèrent d’être athée. La reine finit par obtenir sa rivière de diamants et son nouveau diadème en or. Lulule ramena son prince charmant par la peau des fesses à la maison. Le lapin meurtrier fut retrouvé, jugé, et écroué. L’aimable guichetier monta un syndicat. Le roi discuta avec le Grand Chaussette des candidates pour le prochain grand sacrifice, et laissa entendre que sa femme devrait être en tête de liste.