« Ignorants ! » hurlait le Grand Chaussette en fureur.
– Oh oui ! Oh oui ! » répondait la foule.
– Êtres inférieurs ! » reprenait il fulminent.
– C’est vrai ! C’est vrai ! » répondait la foule avec frénésie.
– Sous crottes d’écureuil ! »
– Ouais ! »
– Sous crachat de mouche enrhumée ! »
– Ouais ! »
– Sous vomi de moucheron macéré ! »
– Vous avez raison ! »
– Vous ne méritez pas ma présence ici ! Vous ne méritez pas ma sagesse infinie ! Je vous méprise profondément ! Je vous crache à la figure ! Je vous pisse à la raie ! »
– Encore ! Encore ! » scandait la foule en délire.
Le prix de l’entrée du temple avait encore augmenté. Le chevalier Courage revenait tout juste de sa dernière aventure.
« Vous êtes en retard. » remarqua l’aimable guichetier.
– Je combattais un monstre sanguinaire pour sauver le monde, désolé. »
– Ça me fait une belle jambe. Un retard, c’est un retard. Pour vous, le prix est doublé. » sourit l’aimable guichetier de toutes ses dents éblouissantes bien lavées.
Courage paya le prix fort. On le laissa entrer. En se prosternant devant la Chaussette des Chaussettes laissée sur Terre par le Sublimissime comme preuve irréfutable de sa présence vénérée, Courage remarqua que la princesse Fiou-Fiou avait disparu. Cette découverte ne manqua pas de l’alarmer. En sortant du temple, il sut qu’une autre mission l’attendait. Il rassembla Hum Hum, son fidèle écuiller, Miam, son dévoué cuisinier, et Zion, son fier destrier.
« Bon, ben va encore falloir taper le roi. » fit remarquer Miam.
« J’ai pas envie de mourir de faim, moi. »
« QUOIIII ?! » hurla le très honorable roi quand on lui fit savoir qu’on demandait audience. Il fallait le comprendre. Il était occupé à des affaires urgentes : il se passait de la gommina.
« On a enlevé votre fille, très honorable Sire. »
Le roi fronça les sourcils. Il fit appeler sa chère et tendre :
« Femme, vous avez vu Fiou-Fiou ? »
– Rustre, vous savez que je ne lui parle plus. »
– Ah oui, c’est vrai, vous ne parlez plus à personne. »
– Si je puis me permettre, » fit le laquet,
– Votre fille a effectivement disparu. »
– Ah bon ? » dit le roi Çémoi.
– J’avais pas remarqué. » dit la reine Mai.
Le roi bailla, et, donc, très affecté par la disparition de sa fille unique, jeta une bourse au preux chevalier.
« Je veux une rivière de diamants TOUT DE SUITE, SINON, JE HURLE ! » affirma la reine d’un ton autoritaire. On reconduisit les visiteurs à la porte. Il fallait respecter l’intimité du couple royal pour sa troisième scène de ménage de la journée.
dans la bonne contrée du monde à l’envers, à Toc-Toc-Au-Château ville, Lulule, une méchante princesse, tentait d’éduquer son dragon nain. Ce dernier rêvait d’une carrière de danseur étoile à l’opéra enchanté. Ce métier l’attirait d’autant plus qu’au cours de ballet, on lui avait chuchoté qu’il avait du talent et que son tutu rose lui seyait à ravir. Depuis, il avait accroché des pâquerettes géantes à ses narines, et marchait sur la pointe des pieds toutes la journée. Quand il crachait du feu, ses petites flammes roses formaient d’adorables cœurs vaporeux avant de s’éteindre. La pauvre princesse était désespérée.
« Je laisse tomber. » soupira-t-elle épuisée.
Courage, Hum-Hum, et Miam la retrouvèrent effondrée sur le trône. Ils lui expliquèrent l’objet de leur quête.
« On partira ensemble. » dit la princesse Lulule.
-Je vais récupérer mon mari. Vous savez ce que c’est, les princes. Surtout quand ils sont charmants, faut toujours leur courir après. Tenez, je vous fais cadeau de mon dragon, si vous voulez. »
Les compagnons, qui n’avaient pas encore vu la tête du dragon, acceptèrent avec plaisir, et louèrent sa grande générosité. Le lendemain, les trois larons et la princesse s’apprêtèrent à partir.
« Je suis fin prêt ! » chantonna le dragon d’une voix mélodieuse.
-Ah ouais… » souffla Hum-Hum atterré par cette vision.
-Mais qu’est-ce qu’on va en faire ? »
Lulule éclata d’un rire maléfique, et fila comme le vent pour récupérer son prince charmant.
« J’ai mal aux pieds… » grognait le dragon.
-Arrête de marcher sur les pointes ! »
-C’est de l’art, tu comprends pas. »
-Sois artistique en volant, alors. »
-J’ai le vertige, je peux pas. »
-C’est loin ? » grognait toujours le dragon.
-J’ai froid… »
-J’ai faim… »
-Je suis allergique à la poussière… »
-Je me suis cassé un ongle… »
-Je vais attraper un rhume… »
-On peut pas s’arrêter ? »
Et ainsi toute la journée. Les trois compagnons et leur dragon, donc, passèrent par Cool-Mimine, Balais-Sous-Les-Ponts, Cendrière, Sila-Est-Con, et Tuez-Keny. Le ravisseur devait forcément s’y trouver. Les compagnons eurent de la chance. Quand ils arrivèrent, il était 20h00, l’heure des informations à la criée. L’heure idéale pour obtenir des renseignements.
« Un chasseur sachant chasser sans son chien fit sécher ses chaussettes sur une souche sèche. Je répète : un chasseur sachant chasser sans son chien fit sécher ses chaussettes sur une souche sèche. » informait le crieur.
-Excusez-moi… » dit timidement Courage.
-Ah… Ah… On me dit dans mon oreillette… Flash spécial : ce matin, un lapin a tué le chasseur. Je répète : ce matin, un lapin a tué le chasseur. C’était un lapin qui avait un fusil. »
-Excusez-moi… » reprit Courage.
-Je cherche une personne qui a enlevé une princesse dénommée Fiou-Fiou ? »
-Oh, vous parlez de Greu ? » cria le crieur.
-Mais vous ne saviez pas qu’il comptait la sacrifier au Sublimissime à Chaussette Village ? »
Les trois compagnons n’avaient donc plus qu’à retourner d’où ils venaient. Leur crieur put informer les villageois que le lapin en question était recherché pour trafic d’armes. On fit circuler un portrait robot. Sur la place, le dragon dansait.
Dare dare, ils arrivèrent à Chaussette Village, et demandèrent un entretien d’urgence avec le Grand Chaussette. Malheureusement, ils était en pleine cérémonie.
« Vous êtes encore en retard. » remarqua l’aimable guichetier.
hum-Hum l’assomma avec sa massue. Ils n’avaient pas le temps de parlementer. Sur l’autel fleuri, la princesse Fiou-Fiou était attachée à un bûcher, et souriait aux paparazzis avant d’être immolée.
« Mort à Fiou-Fiou ! » déclamait le Grand Chaussette solennellement.
-Mort ! Mort ! Mort ! » scandait la foule.
-Pour le Sublimissime ! »
-Ouais ! »
Courage monta sur l’autel, épée hors du fourreau en hurlant :
« Non ! Vous n’immolerez pas cette vierge innocente, car… C’est mal. »
-Et alors ? » fit le Grand Chaussette en haussant les épaules.
-Ben quoi ? » s’enquit la foule.
Courage détacha la princesse Fiou-Fiou.
« Ah bah non ! » dit la princesse.
-C’est le rôle de ma vie. Je vais quand même pas rater ça ! »
-Si je puis me permettre, » suggéra Hum-hum.
-On veut vous brûler. »
-Mais je serai célèbre. »
-Dans ce cas… »
Pour une fois qu’il avait un public, le dragon ne out s’empêcher de monter sur l’autel pour faire quelque pas chassés.
« Oh, comme il est mignon ! » s’extasia la princesse.
-Quelles pâquerettes magnifiques ! Ce tutu vous sied à ravir, monsieur Dragon ! » Elle résolut :
-Bon je veux bien que vous me libériez, si je peux l’emmener avec moi. »
-Bah voilà, il a une utilité ! », fit Miam.
-Attendez ! » s’indigna le Grand Chaussette.
-Moi, il me faut quelqu’un à sacrifier ! Vous cassez mon effet, là ! »
-Ben oui ! » grogna Greu en enlevant sa cagoule de bourreau :
-J’ai du boulot, moi ! »
– Je veux un diadème en or TOUT DE SUITE, SINON, JE HURLE ! » s’exclama la reine en se tournant vers le roi.
Du coup, tout le monde partit pour préserver l’intimité du couple royal, et la princesse Fiou-Fiou ne fut pas exécutée.Elle emmena le dragon dans son château, où il fit de très remarquées représentations. Après cette expérience traumatisante, le dragon renia la Chaussette des Chaussettes, et se laissa enrôler dans la secte du Tout-Va-Bien, où ils étaient pour les fleurs, contre la violence, et les ongles cassés. Courage, Hum-Hum et Miam décidèrent d’être athée. La reine finit par obtenir sa rivière de diamants et son nouveau diadème en or. Lulule ramena son prince charmant par la peau des fesses à la maison. Le lapin meurtrier fut retrouvé, jugé, et écroué. L’aimable guichetier monta un syndicat. Le roi discuta avec le Grand Chaussette des candidates pour le prochain grand sacrifice, et laissa entendre que sa femme devrait être en tête de liste.