La bulle

Fermez les yeux. Faites une bulle. Ce n’est pas une bulle de savon qui éclate au moindre vent. Ce n’est pas non plus une bulle de chewing-gum qui peut se rouler en boule en vous collant. Faites une bulle, tout ce qu’il y a de plus propre, tout ce qu’il y a de plus sec, et installez-vous confortablement. Ah. J’oubliais : il faut qu’elle soit assez grande pour vous contenir, cette bulle. Ce n’est pas une bulle pour votre sac à main. Ce n’est pas une bulle pour votre tablette. Et de grâce, n’allez pas y enfermer votre chien. C’est comme une bulle d’oxygène, si vous voulez. Mais en mieux : en indestructible, insonorisé. Cette bulle est à vous. Personne ne peut y pénétrer.

Bon. Vous êtes prêt ? On se concentre. Oui, oui. Vous êtes dans le RER. Le trafic est interrompu. Vous êtes collé contre la vitre. Le passager derrière vous a un sac à dos qui est possiblement un sac de randonnée. Oui, il y a aussi une dame, quelque part, qui essaye de calmer un enfant qui hurle. Eh bien, justement ! C’est le moment de la créer, cette bulle. Un petit effort, que diable ! On ferme les yeux, et mentalement, on tend le doigt. L’index, d’accord ? La situation n’est pas une excuse pour avoir l’esprit mal placé. L’index, donc, est le doigt que vous tendez. C’est simple, en fait. Index tendu devant vous, vous tracez une ligne courbe, comme si vous aviez une craie. C’est vrai. Il faut reconnaitre que vous êtes un peu confiné. Imaginez une craie, alors. Elle se déplace toute seule, juste au niveau de votre nez. Elle part de la gauche et va vers la droite. Là, elle rase le cou du porteur de sac de randonnée. Elle continue jusqu’à ce que la courbe soit bien fermée. Insistez bien sur ses contours, que les parois de votre bulle ne laissent rien passer. Normalement, la courbe devenue cercle prend une troisième dimension. Comment ça, ça ne marche pas ? On s’applique ! Concentration ! Votre bulle n’englobe que vous. Rien ne peut vous atteindre. Vous êtes calme, et apaisé.

La lumière du RER vient de s’éteindre, et l’alarme sonne sans qu’il ne se passe rien. Le monsieur au sac de rando s’écrase littéralement contre vos omoplates. Vous pourriez faire un inventaire de ses affaires. L’enfant hurle toujours. Et voilà que votre bulle apparaît et disparait aussitôt, éclatée par toutes ces distractions. Vous n’êtes pas assez entrainé. Essayons de trouver une autre solution.

Vous êtes au Machu-Pichu. C’est un volcan, pas un Pokemon. Au Machu-Pichu, donc. Vous êtes au sommet. Vous voyez, le fonds du cratère plein de lave, comme il bouillonne. C’est comme dans le Seigneur des Anneaux, c’est vrai. Oui, vous pouvez choisir le Mordor si vous voulez. Enfin, vous êtes au-dessus d’un puits de lave incandescente, bouillonnante. Vous êtes sûr de ne pas vouloir être au Machu-Pichu ? Bon, bon. C’est vous le client, après tout. Le Mordor, donc. Jetez un petit coup d’œil mental à votre rame de métro. Vous voyez, le mioche qui hurle ? Vous le voyez ? VLAN ! Vous pouvez l’y balancer ! Le randonneur qui vous colle ? On commence par les chaussures à crampon qui écrasent vos talons. VLAN ! Vous les voyez fondre, avant de couler ? Le sac à dos, maintenant ! VLAN ! Ça a l’air increvable, ces machins, mais ça ne peut pas résister à la lave d’un volcan. Hop ! Hop ! Le bonhomme ! VLAN ! On l’entend hurler : « AAAAAAAAAAAAAAAGH ! » alors qu’il plonge dans la lave bouillonnante. Qui d’autre ? Qui n’en veut ? La dame qui râle, là-bas, au fond ! VLAN !

Vous avez compris le principe. Quand vous aurez fini de vous occuper des gens de la rame, vous pourrez balancer les passagers agglutinés sur le quai qui s’apprêtent à déclencher un pugilat. Vous pourrez étendre aux agents de la RATP. Vous pourrez également balancer leurs caténaires défectueuses. Et ce soir, vous n’hésiterez pas à pousser votre conjoint dans le Mordor s’il ose râler parce que vous êtes en retard pour le dîner.

Papa Soleil et Maman Lune

Un jour, Papa Soleil dit a Maman Lune :

« Nous avons trop d’enfants! Ils ne nous causent que des soucis! »

Maman Lune répondit :

– Si tu le dis, je suis aussi de ton avis. »

-J’ai une idée! Je sais comment nous en débarrasser! Nous allons les manger!»

-Manger ses propres enfants, c’est tout de même bien embêtant.»

-Je mangerai tes enfants!» dit Papa Soleil rassurant:

-Je t’enverrai les miens, et tu feras pareil.»

-Si tu le dis, allons-y.»

Papa Soleil envoya un de ses enfants. Maman Lune le recoiffa, le déguisa, le maquilla, lui mit du sel et du poivre sur la tête, et le renvoya à son papa. Papa Soleil, croyant que c’était un enfant de Maman Lune, le mangea.

Il envoya un deuxième enfant. Maman Lune le recoiffa, le déguisa, le maquilla, lui mit du sel et du poivre sur la tête, et le renvoya à son papa. Papa Soleil, croyant que c’était un enfant de Maman Lune, le mangea.

Il envoya un troisième enfant. Maman Lune le recoiffa, le déguisa, le maquilla, lui mit du sel et du poivre sur la tête, et le renvoya à son papa. Papa Soleil, croyant que c’était un enfant de Maman Lune, le mangea.

Il fit tant et si bien, que quand il fut rassasié, il n’y avait plus d’enfant soleil à envoyer.

C’est pourquoi le jour, Papa Soleil est tout seul dans le ciel, tandis que la nuit, Maman Lune est entourée de ses enfants qu’elle n’a pas mangés. C’est pourquoi aussi, ayant découvert la supercherie, Papa Soleil, de furie, la poursuit.

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Courage, au pays du Grand Chaussette (les petites chaussettes bleues)

« Ignorants ! » hurlait le Grand Chaussette en fureur.

– Oh oui ! Oh oui ! » répondait la foule.

– Êtres inférieurs ! » reprenait il fulminent.

– C’est vrai ! C’est vrai ! » répondait la foule avec frénésie.

– Sous crottes d’écureuil ! »

– Ouais ! »

– Sous crachat de mouche enrhumée ! »

– Ouais ! »

– Sous vomi de moucheron macéré ! »

– Vous avez raison ! »

– Vous ne méritez pas ma présence ici ! Vous ne méritez pas ma sagesse infinie ! Je vous méprise profondément ! Je vous crache à la figure ! Je vous pisse à la raie ! »

– Encore ! Encore ! » scandait la foule en délire.

Le prix de l’entrée du temple avait encore augmenté. Le chevalier Courage revenait tout juste de sa dernière aventure.

« Vous êtes en retard. » remarqua l’aimable guichetier.

– Je combattais un monstre sanguinaire pour sauver le monde, désolé. »

– Ça me fait une belle jambe. Un retard, c’est un retard. Pour vous, le prix est doublé. » sourit l’aimable guichetier de toutes ses dents éblouissantes bien lavées.

Courage paya le prix fort. On le laissa entrer. En se prosternant devant la Chaussette des Chaussettes laissée sur Terre par le Sublimissime comme preuve irréfutable de sa présence vénérée, Courage remarqua que la princesse Fiou-Fiou avait disparu. Cette découverte ne manqua pas de l’alarmer. En sortant du temple, il sut qu’une autre mission l’attendait. Il rassembla Hum Hum, son fidèle écuiller, Miam, son dévoué cuisinier, et Zion, son fier destrier.

« Bon, ben va encore falloir taper le roi. » fit remarquer Miam.

« J’ai pas envie de mourir de faim, moi. »

« QUOIIII ?! » hurla le très honorable roi quand on lui fit savoir qu’on demandait audience. Il fallait le comprendre. Il était occupé à des affaires urgentes : il se passait de la gommina.

« On a enlevé votre fille, très honorable Sire. »

Le roi fronça les sourcils. Il fit appeler sa chère et tendre :

« Femme, vous avez vu Fiou-Fiou ? »

– Rustre, vous savez que je ne lui parle plus. »

– Ah oui, c’est vrai, vous ne parlez plus à personne. »

– Si je puis me permettre, » fit le laquet,

– Votre fille a effectivement disparu. »

– Ah bon ? » dit le roi Çémoi.

– J’avais pas remarqué. » dit la reine Mai.

Le roi bailla, et, donc, très affecté par la disparition de sa fille unique, jeta une bourse au preux chevalier.

« Je veux une rivière de diamants TOUT DE SUITE, SINON, JE HURLE ! » affirma la reine d’un ton autoritaire. On reconduisit les visiteurs à la porte. Il fallait respecter l’intimité du couple royal pour sa troisième scène de ménage de la journée.

dans la bonne contrée du monde à l’envers, à Toc-Toc-Au-Château ville, Lulule, une méchante princesse, tentait d’éduquer son dragon nain. Ce dernier rêvait d’une carrière de danseur étoile à l’opéra enchanté. Ce métier l’attirait d’autant plus qu’au cours de ballet, on lui avait chuchoté qu’il avait du talent et que son tutu rose lui seyait à ravir. Depuis, il avait accroché des pâquerettes géantes à ses narines, et marchait sur la pointe des pieds toutes la journée. Quand il crachait du feu, ses petites flammes roses formaient d’adorables cœurs vaporeux avant de s’éteindre. La pauvre princesse était désespérée.

« Je laisse tomber. » soupira-t-elle épuisée.

Courage, Hum-Hum, et Miam la retrouvèrent effondrée sur le trône. Ils lui expliquèrent l’objet de leur quête.

« On partira ensemble. » dit la princesse Lulule.

-Je vais récupérer mon mari. Vous savez ce que c’est, les princes. Surtout quand ils sont charmants, faut toujours leur courir après. Tenez, je vous fais cadeau de mon dragon, si vous voulez. »

Les compagnons, qui n’avaient pas encore vu la tête du dragon, acceptèrent avec plaisir, et louèrent sa grande générosité. Le lendemain, les trois larons et la princesse s’apprêtèrent à partir.

« Je suis fin prêt ! » chantonna le dragon d’une voix mélodieuse.

-Ah ouais… » souffla Hum-Hum atterré par cette vision.

-Mais qu’est-ce qu’on va en faire ? »

Lulule éclata d’un rire maléfique, et fila comme le vent pour récupérer son prince charmant.

« J’ai mal aux pieds… » grognait le dragon.

-Arrête de marcher sur les pointes ! »

-C’est de l’art, tu comprends pas. »

-Sois artistique en volant, alors. »

-J’ai le vertige, je peux pas. »

-C’est loin ? » grognait toujours le dragon.

-J’ai froid… »

-J’ai faim… »

-Je suis allergique à la poussière… »

-Je me suis cassé un ongle… »

-Je vais attraper un rhume… »

-On peut pas s’arrêter ? »

Et ainsi toute la journée. Les trois compagnons et leur dragon, donc, passèrent par Cool-Mimine, Balais-Sous-Les-Ponts, Cendrière, Sila-Est-Con, et Tuez-Keny. Le ravisseur devait forcément s’y trouver. Les compagnons eurent de la chance. Quand ils arrivèrent, il était 20h00, l’heure des informations à la criée. L’heure idéale pour obtenir des renseignements.

« Un chasseur sachant chasser sans son chien fit sécher ses chaussettes sur une souche sèche. Je répète : un chasseur sachant chasser sans son chien fit sécher ses chaussettes sur une souche sèche. » informait le crieur.

-Excusez-moi… » dit timidement Courage.

-Ah… Ah… On me dit dans mon oreillette… Flash spécial : ce matin, un lapin a tué le chasseur. Je répète : ce matin, un lapin a tué le chasseur. C’était un lapin qui avait un fusil. »

-Excusez-moi… » reprit Courage.

-Je cherche une personne qui a enlevé une princesse dénommée Fiou-Fiou ? »

-Oh, vous parlez de Greu ? » cria le crieur.

-Mais vous ne saviez pas qu’il comptait la sacrifier au Sublimissime à Chaussette Village ? »

Les trois compagnons n’avaient donc plus qu’à retourner d’où ils venaient. Leur crieur put informer les villageois que le lapin en question était recherché pour trafic d’armes. On fit circuler un portrait robot. Sur la place, le dragon dansait.

Dare dare, ils arrivèrent à Chaussette Village, et demandèrent un entretien d’urgence avec le Grand Chaussette. Malheureusement, ils était en pleine cérémonie.

« Vous êtes encore en retard. » remarqua l’aimable guichetier.

hum-Hum l’assomma avec sa massue. Ils n’avaient pas le temps de parlementer. Sur l’autel fleuri, la princesse Fiou-Fiou était attachée à un bûcher, et souriait aux paparazzis avant d’être immolée.

« Mort à Fiou-Fiou ! » déclamait le Grand Chaussette solennellement.

-Mort ! Mort ! Mort ! » scandait la foule.

-Pour le Sublimissime ! »

-Ouais ! »

Courage monta sur l’autel, épée hors du fourreau en hurlant :

« Non ! Vous n’immolerez pas cette vierge innocente, car… C’est mal. »

-Et alors ? » fit le Grand Chaussette en haussant les épaules.

-Ben quoi ? » s’enquit la foule.

Courage détacha la princesse Fiou-Fiou.

« Ah bah non ! » dit la princesse.

-C’est le rôle de ma vie. Je vais quand même pas rater ça ! »

-Si je puis me permettre, » suggéra Hum-hum.

-On veut vous brûler. »

-Mais je serai célèbre. »

-Dans ce cas… »

Pour une fois qu’il avait un public, le dragon ne out s’empêcher de monter sur l’autel pour faire quelque pas chassés.

« Oh, comme il est mignon ! » s’extasia la princesse.

-Quelles pâquerettes magnifiques ! Ce tutu vous sied à ravir, monsieur Dragon ! » Elle résolut :

-Bon je veux bien que vous me libériez, si je peux l’emmener avec moi. »

-Bah voilà, il a une utilité ! », fit Miam.

-Attendez ! » s’indigna le Grand Chaussette.

-Moi, il me faut quelqu’un à sacrifier ! Vous cassez mon effet, là ! »

-Ben oui ! » grogna Greu en enlevant sa cagoule de bourreau :

-J’ai du boulot, moi ! »

– Je veux un diadème en or TOUT DE SUITE, SINON, JE HURLE ! » s’exclama la reine en se tournant vers le roi.

Du coup, tout le monde partit pour préserver l’intimité du couple royal, et la princesse Fiou-Fiou ne fut pas exécutée.Elle emmena le dragon dans son château, où il fit de très remarquées représentations. Après cette expérience traumatisante, le dragon renia la Chaussette des Chaussettes, et se laissa enrôler dans la secte du Tout-Va-Bien, où ils étaient pour les fleurs, contre la violence, et les ongles cassés. Courage, Hum-Hum et Miam décidèrent d’être athée. La reine finit par obtenir sa rivière de diamants et son nouveau diadème en or. Lulule ramena son prince charmant par la peau des fesses à la maison. Le lapin meurtrier fut retrouvé, jugé, et écroué. L’aimable guichetier monta un syndicat. Le roi discuta avec le Grand Chaussette des candidates pour le prochain grand sacrifice, et laissa entendre que sa femme devrait être en tête de liste.

Procès d’un chien

Dans la Myriade Enchantée, chaque village avait ses trois Bulles : la Bulle métaphysique blanche, la Bulle politique noire et rouge, et la Bulle de justice, transparente, en général. Dans le Village des Colombes, dans la Bulle centrale du grand château de verre, un procès avait lieu. Sa Transparence, le grand juge du village, avait revêtu une invisibilité de circonstance. Les maîtres Chéréson et Tator avaient préparé leurs arguments. Les témoins s’étaient pomponnés pour l’occasion. On avait déployé le tapis infra-rouge pour les invitées d’honneur, des personnalités universellement connues en tournée pour la campagne électorale de la Reine des Princesses. Solennellement, tous avaient prit place.

« Accusé Wouf, à la barre, s’il vous plait. »

L’accusé Wouf fit un pas en avant, et se cogna le nez contre la barre de verre. Les jurés, Mia, Mieu, Myi, Mio, Miu, et Myigrec, se toilettaient en coeur avec leur patte, et ajustaient leur monocle sur leur nez.

« Vous êtes accusé d’avoir commis un acte d’une extrême violence sur la personne de l’innocent petit chat Miou, en le mordant derrière les oreilles. La victime réclame réparation pour sa terrible blessure, que l’expertise a révélé faire au moins 2 millimètres de longueur, un millimètre et demi de large, et atteindre au moins la profondeur d’un quart de millimètre. »

– Myi ! Myi ! » s’écrièrent les jurés indignés :

– Miéchant Wouf ! Miettez-le au cachot ! »

Le fait était qu’on ne pouvait pas contredire une expertise formelle au miroir magique. Il y avait bien eu morsure. Les dommages causés à Miou étaient indéniables. Maître Chéréson prit une grande inspiration, et dit d’un souffle :

« Votre Transparence, messieurs les jurés, l’accusé Wouf, de la race CANINE, avait AVANT cet incident terrible certaines tendances à l’agressivité. J’en veux pour preuve l’OS, pièce à conviction de 5 centimètres de longueur et d’un de large que nous avons trouvé dans la forêt du château de son maître. »

– Myi ! Myi ! Myisérable ! » s’écrièrent les jurés.

« DE PLUS, au risque de décourager mon… Hum hum… CONFRÈRE, je tiens à souligner que l’accusé en question a pour cousins éloignés une espèce qui nous donne à tous la chair de poule : LES LOUPS, Votre Transparence et messieurs les jurés. Vous avez bien entendu : monsieur Wouf ici présent à pour relation, que dis-je pour FAMILLE, les plus redoutables créatures de notre juridiction. »

– Myiiiiiiiiii… »

Les jurés hérissaient les poils d’horreur. On eut dit la pièce remplie d’électricité statique. L’accusé Wouf, qui avait un très bon odorat, sentait très mal cette affaire. Maître Tator s’exclama :

« OBJECTION, Votre Transparence ! Maître Chéréson, mon hum hum… confrère à TORT, si je puis dire, de violer par ses propos l’article 4 milliards de la section hirondelle du Grand livre des Bulles. L’article en question, si je ne m’abuse, interdit toute discrimination espéciale dans la Myriade Enchantée. De plus, je tiens à souligner que les loups sont des cousins ÉLOIGNÉS de mon client. J’en veux pour preuve le fait qu’il ait été DOMESTIQUÉ par un prince de bonne réputation. J’appelle le prince Rayonnance à la barre. »

Rayonnance fit un portrait des plus flatteurs de son chien Wouf : non, il n’avait jamais eu de problème avec ce chien. Il était de bonne compagnie, correctement docile, malgré quelques écarts de gourmandise, d’où l’os du jardin, supposait-il, mais il n’avait plus à le réprimander pour autre chose. Wouf était un bon chien, un anti loup, un agneau, pour ainsi dire.

Maître Tator était satisfait. Il s’appliqua ensuite à dresser un portrait des plus défavorables de la victime, portrait qui fut copieusement hué par les jurés.

Maître Chéréson rappela à l’audience que le pauvre Miou était la victime de cette violence sauvage et non l’accusé dans cette affaire. Puis, il appela Cruella Denfer à la barre, une honnête commerçante de l’industrie textile du village des Colombes, qui dénia le portrait infâme que l’on faisait de son petit Miou, innocente victime de la barbarie de ce Wouf sans coeur. Elle parla en termes élogieux de son petit Miou, et affirma avoir vu de ses yeux le forfait terrible, ce à quoi les jurés ne purent s’empêcher de s’écrier :

« Myisérable ! Punissez-le comme il le miérite ! »

Sa Transparence jugea que ni les dires de Rayonnance ni ceux de Cruella n’étaient impartiaux. Il demanda l’avis suprême des invitées d’honneur.

Cendrillon se leva bien vite, se mit devant l’audience, et soupira avec emphase :

« Pauvre petit Miou ! »

Ce après quoi elle s’évanouit pour montrer l’intérêt qu’elle portait à l’affaire. On se précipita sur le corps inanimé de Sa Grâce Fragile, et on la porta dans un coin pour l’éventer.

Puis, Blanche Neige se leva et se mit devant l’audience à son tour. Elle aurait bien voulu défendre Miou, mais la place était déjà prise. Elle examina la blessure, et dit doucement :

« En tout cas, ce n’est pas une morsure d’animal sauvage. Je puis vous me dire avec certitude car j’excellais dans le cours d’élite comment vivre au milieu de la forêt sans se faire agresser par les animaux sauvages. Ma… Hum hum… Consoeur ici présente n’a suivi que le cours comment rester humble et digne avec une belle-mère et des belles soeurs maléfiques... »

Cendrillon se réveilla d’un coup, et dit de sa voix claire :

« D’ailleurs, si vous votez pour moi à l’élection de la Reine des Princesses, le divorce sera bientôt instauré dans Cendrillonland, Blancheneigeland, et bientôt dans toute la juridiction. »

– Blancheneigeland est MA métropolis, espèce de pomme venimeuse ! » s’insurgea Blanche Neige.

– Votez pour moi ! Pas pour cette usurpatrice ! »

– Tu veux que j’te balance ma chaussure de verre dans la figure ?! »

– Viens ! Viens te battre ! J’te prends maintenant, là, quand tu veux ! »

Blanche Neige crêppa littéralement le chignon de Cendrillon, Cendrillon arracha sans ménagement le beau ruban de satin rouge de Blanche Neige. Elles se roulèrent par terre dans la cohue générale, se tirant les cheveux, se griffant, se mordant, s’arrachant mutuellement leurs jolies robes très chères, tant et si bien, que sa Transparence dût intervenir, et les faire traîner de force au catch dans la boue-pas-trop-sale pour princesses qui était prévu pour ce genre d’incident malheureusement fréquent. La moitié de l’audience partit pour les voir se battre.

Après les lumières apportées par Ses Grâces Fragiles, les jurés décidèrent que Wouf était coupable. Sa Transparence allait trancher, lorsque maître Tator usa de son truc de dernière minute qui marchait malheureusement peu souvent : il attrappa un pan de la blessure a l’oreille de la victime, et… Il se trouva que cette fois, il avait raison : la blessure était fausse. Lorsqu’on se tourna vers le miroir magique, il répondit :

« Vous m’avez demandé les dimensions de la blessure, pas si c’était de la peau ou du plastique… »

On passa bientôt à l’affaire de madame l’Oie, qui niait avoir des dettes de jeu. Veaux, vaches, cochons, et poulets entrèrent dans la salle.

Les étoiles vont mourir

Après une coupe de champagne, elle s’essuya délicatement la commissure des lèvres, et roucoula :

« Le crime ne paie pas. » sourire :

-Assez. »

-Nous, nous vous paierons très bien, chère Petrouchka. » lui répondit-on avec un accent arabe prononcé. On écrivit un chiffre sur un papier. On le lui tendit.

« Oh, » fit Petrouchka en secouant sa chevelure blonde ordonnée.

« Nous pourrons peut être nous entendre, dans ce cas. »

Pendant ce temps-là, Rick Segal appliquait délicatement sa gomina. Il fit bouger ses pectoraux d’acier, enfila son costume Dior blanc immaculé tout neuf, ses chaussures en croco, et ses lunettes Armani. Il se lança un sourire étincelant, et se fit un clin d’œil dans le miroir.

Dans la réception branchée, une blonde était assise au bar. Pulpeuse. Robe de velours rouge seillante au décolleté échancré, escarpins assortis, rouge à lèvres écarlate. Rick Segal s’avança. Tout à fait le genre de fille qui lui plaisait.

« Une vodka sec pour la demoiselle. » ordonna-t-il au barman en claquant des doigts.

-Vous avez l’air bien sûr de vous. »

-C’est que j’ai du goût, en ce qui concerne les femmes. »

Rick fit ce haussement de sourcil auquel aucune femme ne résistait. Le petit sourire de la jeune femme s’accentua. Elle lui tendit la main :

« Je me présente : Petrouchka. »

Après une nuit torride, Rick se réveilla seul, et… Son coffre fort avait été cambriolé ! La clé contenant des informations top secrètes sur la N-CRO-4-PTT ! c’était une nouvelle bombe révolutionnaire à destination de l’armée ! Cette blondasse la lui avait piquée !

Dans une grande pièce grise sans décoration et sans autre ameublement qu’une table immense de même couleur avec trois chaises, Rick était assis sur celle du milieu. A sa droite, Hunter, son coéquipier en chemise hawaïenne. A sa gauche, Rat, un informaticien à lunettes hublots et à cheveux gras. Une grosse voix métallique demanda :

« Agent 069, la clé est-elle en sécurité ? » Rick répondit avec assurance :

-On a forcé le sas de sécurité dans lequel je l’avais mise. Ils étaient nombreux. Et armés. »

-En effet. » répondit la voix métallique en projetant un gros plan du décolleté de Petrouchka sur le mur gris.

-Bon, ça va… »

-Une organisation terroriste dirigée par un certain Scorpion Noir va tout tenter pour voler la N-CRO-4-PTT et détruire la Maison Blanche. Votre mission, si vous l’acceptez, sera de l’en empêcher. Ce message s’autodétruira dans 5- 4- 3- 2- 1… »

-Bonne soirée, patron. »

On donna à chaque membre de l’équipe une voiture neuve, un équipement de protection pare-balle, dix mitraillettes toutes neuves, des munitions, des ventouses pour tenir sur le plafond, une caisse de grenades, un costume sur mesure tout neuf, et un déodorant très efficace. Enfin… Rat eut droit à un nouvel hélicoptère et à un nouveau PC.

Rat détecta les terroristes. Ils étaient au Soudan, dans un restaurant libanais.

Le bitume chauffait, les pneus crissaient, les doigts d’honneur des chauffeurs excédés fleurissaient, les carambolages s’amoncelaient. Hunter suait à grosses gouttes, et son costume tout neuf se tachait d’auréoles foncées sous les bras. Rick avait repéré dans une voiture de sport une magnifique blonde avec un brushing impeccable : Petrouchka. Rick s’engagea sur un pont. Elle jeta derrière elle une grenade maison. Rick accéléra. Le pont explosa. La voiture, lancée à pleine vitesse, avançait, suspendue dans les airs. Hunter hurlait :

« On va tous mourir ! On va tous mourir ! »

Et la voiture atteint l’autre coté. Finalement, le bolide de Petrouchka disparut dans un tournant sombre. Rick s’y engagea. Devant une porte de garage, il s’arrêta. Il mit ses lunettes de soleil, sortit de sa voiture avec une de ses mitraillettes neuves, posa, et… Reçut un coup à l’arrière du crâne.

Rick était ficelé sur une chaise fort inconfortable dans une pièce noire. Quand il se réveilla, Petrouchka le dévisageait. Il sourit avec assurance. Ah, c’était les risques du métier. Il s’en sortirait.

« Votre goût pour les jolies filles vous perdra, monsieur Segal. » susurra-t-elle.

-Il est à vous. » lança-t-elle à la pénombre.

-YAAAAHAHAHAHAAAAA ! » jubilait le Scorpion Noir.

-Les étoiles vont mourir ! La maison blanche est à moi ! A MOIIII ! » Rick haussa le sourcil :

-Que puis-je faire pour vous ? Puisque je suis toujours vivant, je suppose que vous avez toujours besoin de moi ? »

-Nous avons subtilisé la N-CRO-4-PTT ! YAHAHAHAAAAAAA ! C’est quoi le mot de passe de la clé ? »

-Alors là, vous me vexez. Je ne donne jamais d’information confidentielle sans avoir été au moins un minimum torturé. »

A la vérité, Rick n’en savait fichtre rien, mais les terroristes n’étaient pas obligés de le savoir. S’ils s’en rendaient compte, ils risquaient de le tuer. Il y avait plus grave : en le traînait jusqu’ici, on avait tâché son costume neuf.

« Ma vie pour une manucure… » pensa-t-il découragé.

Normalement, c’était le moment que choisissait Hunter pour venir le sortir du pétrin.

« Eh chef ! Chouf ! Il y a un type qui marche avec des ventouses au plafond… »

Rick fut déçu de voir son acolyte enfermé avec lui. Ce serait plus difficile de s’en sortir. Il y avait pire : le déodorant qu’on lui avait donné commençait à flancher, après plusieurs heures dans cette fournaise souterraine. Et Rick Segal ne sentait JAMAIS mauvais. Cette fois, ils étaient cuits.

Petrouchka se tourna vers le Scorpion Noir :

« Je vous ai donné la clé, et vous avez Rick. Où est mon argent, maintenant ? »

Cela remonta un peu le moral de Rick de voir Petrouchka enfermée avec lui.

« C’est quoi, ce binz ?! » s’exclama-t-elle fort contrariée.

5 minutes plus tard, elle parvenait à se libérer. Elle hésita, avant de libérer Rick et Hunter. Ce n’était pas une mauvaise idée : il fallait bien canarder à la ronde, avant d’atteindre l’hélicoptère de Rat.

« Vous en avez mis, du temps ! C’est qui, celle-là ? »

Petrouchka était tellement énervée qu’elle vida tout le stock de grenades sur le bâtiment. D’en bas, les mitraillettes des terroristes résonnaient.

« Vous vous rendez compte qu’ils ont le N-CRO-4-PTT, et qu’ils ne leur reste plus qu’à craquer le code de la clé ? » fit remarquer Rick en passant.

-Vous croyez que je vais les laisser obtenir ce qu’ils veulent après ce qu’ils m’ont fait ? » répliqua Petrouchka vexée en sortant la clé de son soutien-gorge à balconnets.

-Aucune morale ! Aucune fiabilité ! Je vais les pourrir sur le dark net ! Ils ne sont pas prêts de retrouver une cambrioleuse pour les aider ! »

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A la poursuite de Pixi (a cache cache)

Rosaline devait se traîner son boulet de petite sœur toute l’après-midi. C’était long, une après-midi avec Marielle. Pourtant, douze ans, c’était le bon age, normalement. On commençait à s’intéresser aux garçons, à avoir du goût, parfois même à fumer, à grandir, quoi. Mais non. Marielle en était toujours au stade biberon. Un vrai bébé, obsédée par les contes de fée. Elles se mirent en chemin pour le bois d’à côté, près du lac, et s’assirent sur leur banc préféré.

Rosaline sortit un de ses Fashion Magazine, juste avant la rubrique potins. Elle posait les yeux sur le compte rendu des journalistes intitulé « les stars les plus mal habillées », quand…

« Salut ! Qu’est ce que tu fais la, Rosaline ? »

C’était Olivier, un des garçons les plus mignons de sa classe, qui se souvenait de son prénom, et qui lui parlait.

« Et toi ? »

Il tira sur une espèce de laisse. Une sorte de boule de poils blancs trottina devant lui.

« Pixi. Le chien de ma belle mère. Je dois le promener. Et toi ? Qu’est ce que tu fais ? »

-Pareil. Avec ma sœur. »

-Sauf que sa sœur est un être humain. » ajouta Marielle vexée en relevant la tête de son bouquin.

A ses mots, Pixi fut saisit d’un enthousiasme déplacé, et s’élança dans les fourrés. Avant que son maître ait le temps de dire ouaf, le petit chien blanc à la pelure de mouton avait disparu avec sa laisse.

« Merde ! Saloperie de chien ! Je vais me faire engueuler ! » s’écria Olivier.

-On s’en occupe ! » décida Rosaline en tirant violemment sa sœur par le bras. Et elles s’éloignèrent à leur tour dans la forêt qui s’épaississait. Devant, pas très loin, on pouvait voir cet imbécile de chien qui jappait et aboyait bruyamment en courant, ce qui en langage chien devait signifier : « Liberté ! » À un moment donné, il disparut, et il fut impossible de le retrouver.

« Ah bah bravo ! C’est malin ! » grogna Marielle complètement essoufflée.

– On va le retrouver, ce fichu chien ! »

Rosaline s’assit sur une souche d’arbre pour réfléchir, et Marielle s’assit sur la même souche d’arbre pour bouder. Soudain, elle poussa des cris :

« Oh ! Des fées ! »

Il n’y avait vraiment pas de quoi hurler. A quelques pas de la souche, des pierres posées en rond sur la mousse. Rien de plus sans intérêt.

« Et voilà… Ma soeur se met à disjoncter ! »

-Tu comprends pas. »

-Si, je comprends très bien : ces histoires à dormir debout te déconnectent complètement de la réalité. Réveille toi, ma vieille ! T’as douze ans. Faudrait que tu penses à être un peu normale, maintenant. »

Comme elle disait ces mots, un lapin affublé d’un chapeau haut de forme, d’un monocle, et d’un veston démodé, passa devant elles, et s’arrêta, essoufflé :

« Excusez-moi, mesdemoiselles. »dit-il avec un accent so british prononcé :

-Mais si une petite fille passe par là et me demande, je vous serais obligé de lui indiquer la direction opposée. »

Et il repartit. Pendant que Marielle, interloquée, interpelait le lapin, il répondit :

« Pas le temps ! Je suis en retard, vous voyez ! »

Rosaline se grattait la tête. Bon, là, quelque chose n’allait pas. Elle eût à peine le temps de se remettre de ses émotions. Une petite fille blonde d’à peine six ans suivit, armée d’un énorme bazzoka :

« MONSIEUR LAPIN ! Ma patience a des limites, je vous conseille vivement de coopérer ! »

Puis, de sa voix stridente, en regardant Rosaline et Marielle :

« Bien, mes mignonnes. Moi, c’est Alice. Je veux savoir par où Monsieur Lapin est passé, et et vous, vous avez intérêt à ne pas me mettre sur une fausse piste. »

Rosaline se grattait toujours la tête en silence. C’est Marielle qui finit par parler :

« Tu vas encore douter de ma santé mentale, mais j’ai cru voir un lapin qui parle… »

« Perdues ? » dit une voix lointaine.

-On dirait. » dit une voix dans les environs.

-Qu’est-ce que vous faites là ? » dit une voix près de l’oreille de Marielle.

-Oh ! Des fées ! Des fées pour de vrai ! » cria Marielle surexcitée. Il y en avait trois.

-Je crois pas aux fées. »

-Attention ! Tu vas les tuer ! »

-Faut pas croire tout ce qu’on dit à la télé. » dit la première fée.

-Perdues ? » dit la deuxième.

-Bah ça se voit. Elles sont complètement à la masse, celles-là. » dit la troisième.

Rosaline se disait :

« C’est un cauchemar. je vais finir par me réveiller »

« On courait après un petit chien blanc. » expliqua Marielle. Les fées commentèrent :

-Méfiez-vous de ce qui est petit et blanc. Alice et son lapin, Neo dans la matrice. Les animaux blancs, c’est des problèmes, voyez. »

-Très mauvais. »

-Drôle d’espèce, les lapins blancs. »

-Pas nette. »

-N’empêche, qu’Alice est siphonnée. »

Comme en guise de réponse, Pixi réapparut, toujours aussi surexcité.

« Saloperie ! Je t’aurai ! »s’écria Rosaline en tirant Marielle par la main. Elles repartirent à la poursuite du petit chien. Elles perdirent encore sa trace.

« Chiasse ! La prochaine fois, je l’attrape et je l’étrangle ! Il ne m’échappera pas ! »

Tout d’un coup, elle s’arrêta. Une maison en bois. Enfin de la civilisation. Elles frappèrent à la porte. Une énorme gamine au visage jovial les poussa à l’intérieur pour les inviter à tester les chaises, squatter les lits, et boire des bols de soupe abandonnés dans la cuisine. Marielle et Rosaline se regardèrent. Cette histoire leur disait quelque chose. Ce n’était pas très poli.

« Excusez-nous, » répliqua Marielle qui était une jeune fille bien élevée :

-On ne peut pas rester : on est à la poursuite d’un petit chien blanc qui est dans les environs. On va devoir s’en aller. merci de votre accueil ! Jolie maison ! »

-Ces gens qui poursuivent des lapins blancs… » soupira Boucle d’Or avant d’engloutir le bol de soupe de Bébé Ours bruyamment.

Pixi passait par là, justement. Les deux sœurs coururent vite, et longtemps, jusqu’à être complètement essoufflées. Pixi filait dans les branchages. Elles ne le perdraient pas encore. Elles étaient déterminées. Au loin, on entendait Alice crier :

« MONSIEUR LAPIN ! VOUS ÊTES CERNE ! »

Une des fées s’accrocha à l’oreille droite de Marielle, et lui cria :

« On va désactiver le portail, pour vous, les filles, OK ? »

Le sale cabot les avait encore semé. Le temps de reprendre leur souffle, les deux sœurs regardèrent autour d’elles pour se repérer. Devant elles, il y avait la souche. Rosaline y retourna pour se gratter la tête avec perplexité. Soudain, Marielle se mit à pousser des cris :

« C’est le lac ! C’est le lac, Rosaline »

Arrivées à leur banc préféré, elles trouvèrent Olivier, qui tenait dans ses bras un Pixi sage comme une image.

« Merci, les filles. »dit-il en regardant Rosaline dans les yeux.

-Oh, c’est rien. » rougit Rosaline.

-Moi qui adore les chiens… »

Nouvelle école

Directrice,

Je m’appelle Jonathan Bonnet, et j’ai 9 ans. Mais j’ai un an d’avance à l’école. Mon frère Vivien, il est déjà dans votre école. Il dit que c’est bien parce qu’il a apprit pleins de choses et qu’il a des copains. Mais Bastien, qui est avec moi au catéchisme, il dit que c’est pas bien parce que c’est trop dur, et puis on fait que travailler. Alors moi, je sais pas si c’est bien ou c’est trop dur votre école. Mais ma maman m’a dit qu’il fallait pas écouter les autres. Qu’il fallait que je voie par moi même. Alors, c’est pour ça que je vous écris.

Ma maman m’a dit qu’il fallait que je l’attende pour vous écrire parce qu’il y a des formules exprès pour ce genre de lettre. J’ai désobéi parce que c’est moi qui veut aller dans cette école. Parce que il y a Vivien, et puis il y a pas des délinquants comme à la télé. Dans d’autres écoles, il y en a, il paraît. S’il vous plait, vous pourrez ne pas dire à ma maman que je vous ai écrit ? Parce que c’est même pas une vraie bêtise. Merci d’avance.

Il paraît que vous faites passer des tests aux enfants pour voir s’ils ont de bonnes notes. Et que vous acceptez que les enfants sages. Ben moi, je crois que je suis assez sage. Et puis j’ai toujours été premier de la classe, mais sauf cette année, parce que il y a un nouveau qui est plus intelligent. J’ai réfléchi. Peut être que je serai pas premier dans votre école, parce qu’il y aura des gens plus forts que moi et que ce sera plus difficile. N’empêche, j’essaierai quand même de les battre. Vous pourrez me prendre quand même dans votre école, même si je suis pas premier ? Merci si vous acceptez. Sinon, tant pis.

Ma maman m’a dit que dans les tests, il y avait toujours une partie ou on devait parler de ce qu’on allait faire plus tard. Moi, j’en ai vraiment aucune idée. Je voudrai faire un truc qui aide les autres, ou bien la planète aussi. Par exemple, Bastien, il a dit que l’année prochaine, il allait devoir couper des grenouilles pour voir à l’intérieur. Lui il trouve ça trop cool, mais moi je trouve ça triste. Moi, si je dois faire ça, je le ferai, mais ce sera difficile. Maman dit que ça s’appelle faire une concession, et que j’ai pas fini d’en faire dans la vie. Peut être que plus tard, je deviendrai un grand scientifiste, et que je trouverai un moyen de faire avancer le progrès sans faire de mal à personne.

Ce que je sais surtout, et c’est important, c’est que je veux gagner des sous. Parce que quand on a beaucoup de sous, ça fait toujours une chose en moins à s’inquiéter dans la vie. Ça, c’est mon père qui le dit. Et je crois qu’il a raison. Je sais aussi que l’école, ça aide aux études, et les études, ça aide au travail, alors il faut travailler maintenant si je veux gagner des sous plus tard. L’argent, c’est ce qu’il y a de plus important dans la vie. Papi dit qu’il y a aussi la santé, mais quand la santé va mal, il faut bien des sous pour se payer de docteur. Alors, les sous, c’est quand même plus important. En plus, ce sera mieux si je peux aider mes parents quand ils seront pauvres à cause des retraites. Ils en parlent souvent, alors moi, ça m’inquiète un peu. Mais avant tout ça, il faut que j’aille dans des bonnes écoles, où il y a pas de délinquants et où on peut bien travailler. Alors, c’est oui ? S’il vous plait. Soyez gentille.

Il y en a qui disent que ça les gênerait qu’il y ait plus de filles. Rassurez-vous, moi, je m’en fiche. Les filles c’est pour plus tard. L’important, c’est que je sois sûr que je gagnerai des sous. De toutes façons, les filles, quand on a des sous, c’est plus facile. Ça, c’est mon père qui me l’a dit.

Voilà. Je vous ai écrit cette très longue lettre, tout ça pour dire que j’aimerais beaucoup être accepté dans votre école, que je suis même prêt à disséquer des grenouilles et à ne plus voir de fille. Je ne sais pas si ça sera trop dur ou si ça ira, mais s’il vous plait, acceptez moi, juste pour voir si ça marche.

Pardon, je connais pas les formules.

Au revoir,

Jonathan

Cure minceur chez les bouddhistes

« Bon alors, cette année, je me reprends en main. »

Tel était le grand projet de Mélanie. D’abord, elle avait 19 ans. Si elle n’était pas capable de prendre de grandes décisions à son âge… Alors, elle avait décidé que pour sa vingtième année, elle aurait un corps de danseuse.

Elle se voyait déjà sifflée, admirée de tous, rayonnante, le nombril à l’air. Elle travaillait dans la restauration. Elle tenait à être présentable. A creuser ses joues rebondies. Et puis, d’abord, de rebondit, elle n’avait pas que les joues. Elle était faite de pneus sous cutanés. En fait, elle avait des formes si généreuses que leur générosité dégoulinait dans le regard des autres, et les enveloppait à grandes bouffées odorantes parfumées chez Séphora.

Car Mélanie était bien tenue. D’ailleurs, si elle était sans arrêt suivie par des essaims de mini monstres suceurs de sang, ça n’était pas parce qu’elle était sale. C’était à cause, ou plutôt grâce à ses nouvelles crèmes Chanel pour le corps à 350 euros le flacon. Il ne lui manquait plus qu’une taille de guêpe à elle qui attirait les bourdons. Mélanie savait s’occuper d’elle. C’était le moins qu’on pût dire.

D’ailleurs, elle n’était pas de ces masochistes qui suent comme des bœufs en pédalant rageusement sur des machines, autant dire dans la choucroute. Elle n’était pas non plus de celles qui exhibent leur embonpoint dans des cours d’aérobic envahis par des barbies longilignes. Ou PIRE, qui se lamentent dans des émissions de télé réalité et sont tenues d’employer des méthodes spectaculaires. Elle n’était pas non plus de celles qui se gavent de bouillies écœurantes et qui s’affament, en laissant flotter dans les airs leur haleine de chacal. Elle était encore moins de celles qui se précipitent désespérément à l’hôpital pour se faire mutiler à grands coups de bistouri. Non. Elle n’était pas de ces égarées qui prennent d’assaut les bureaux des psychiatres pour leur raconter leurs déboires caloriques.

Elle était différente. Elle était saine. Elle comptait opérer un changement radical dans sa vie et devenir Mademoiselle Soja, la reine des végétariens, un modèle de sérénité, harmonie, paix intérieure, etc. Au programme : Légumes, yoga, acuponcture, et piscine. Elle imaginait déjà la sensation de pureté intérieure quand elle aurait libéré son corps de toutes ses toxines, le calme euphorique après le yoga, les bienfaits de l’acuponcture, et le doux clapotis de l’eau chlorée. Oui, elle voulait déjà y être, et elle se demandait comment elle avait fait pour vivre ainsi aussi longtemps. D’ailleurs, elle deviendrait bouddhiste, évidemment.

Elle se mit à acheter tout un tas de guides pratiques pour commencer sa nouvelle vie. Elle les dévora tous un par un. Mais elle avait beau être incollable, la réalisation pratique de son grand projet fût plus difficile à entreprendre qu’elle ne le pensait.

D’abord, sa décision ferme de devenir bouddhiste lui parut bientôt saugrenue. Ça n’était pas que Bouddha eût de mauvaises idées, non. C’était que ces fichues prières étaient imprononçables, et qu’on devait les ânonner en boucle pendant des heures. Imaginez-vous répéter Les chaussettes de l’archiduchesse sont sèches et archi sèches dix mille fois de suite sans vous arrêter. Et vu qu’elle ne comprenait rien à ce qu’elle devait marmonner, c’était pire. Dans ses grandes périodes de détresse, elle s’imaginait des choses complètement insensées. Et puis, la méditation lui fichait des fourmis aux pieds.

Elle avait des migraines et dormait très mal. Elle mangeait très mal, aussi, ne parvenant pas à s’habituer ni au soja, ni aux steaks végétaliens, et il lui prenait parfois d’irrépressibles envies de viande ce qui la culpabilisait, et donc, la rendait agressive.

Elle buvait tant qu’elle avait constamment envie de faire pipi, et c’était très gênant, au travail, de se précipiter aux toilettes aussi souvent. D’ailleurs, c’était très difficile de boire quotidiennement plus d’eau qu’une femme enceinte quand elle fait ses échographies, et elle devait lutter contre une furieuse envie de régurgiter le précieux liquide avant qu’il n’arrivât dans son estomac. Pour corser la chose, un ami bien intentionné lui avait dit qu’on pouvait mourir en buvant trop d’eau, ce qui la rendait sujette à de terribles angoisses.

Les cours intensifs de yoga tonique ne la calmaient pas outre mesure, et lui faisaient endurer des courbatures atroces et des crampes phénoménales. Elle faisait une allergie au chlore de la piscine, et elle dût s’arrêter, car elle faisait conjonctivite sur conjonctivite, et sa peau à laquelle elle tenait tant se couvrait d’affreuses plaques rouges.

Les séances d’accuponcture étaient interminables, et elle revenait chez elle plus stressée qu’elle n’en était partie.

Le jour où ses collègues l’invitèrent au restaurant pour son anniversaire, elle éclata en sanglots et partit en claquant la porte. Arnaud, cuisinier de son état, la rattrapa dans la rue, et la poussa sans ménagement dans un mac donald. Ainsi s’acheva, tristement et trop vite, le régime de Mélanie. Elle se remit au café, dévora à nouveau du bœuf de Grande Bretagne, et perdit dix kilos en s’activant frénétiquement au travail.

Plaidoyer pour une plage

« Mais si, papa, j’te jure, c’est bien la plage. Ben oui. Et puis, on va toujours a la montagne. Pourquoi tu n’écouterais pas un peu ce que j’ai à te dire, moi ? »

Il me regarde avec son petit air hautin, mon père… Oui, hautin ! Sous prétexte qu’il a la voiture et que je n’ai pas encore le permis. Mais j’ai 15 ans, moi, merde ! ça m’énerve. Et puis, sa montagne, toujours sa FOUTUE montagne, je DÉTESTE la montagne, non mais QUAND est-ce qu’il va finir par comprendre ça ? Il n’y a que lui, qui l’aime, sa montagne, c’est toujours le même cinéma. Non, et puis comme d’habitude, maman ne dit rien, et comme d’habitude, je n’ai pas le droit d’aller à la mer avec ma copine Sophie… ça m’ENERVE !

« Mais zut ! Tu pourrais écouter, au moins, quand je te parle ! Sophie, c’est PAS une droguée, c’est PAS une clodo, c’est PAS une allumeuse. Sophie, en grec, ça veut dire SA-GESSE, et ma copine, elle porte vachement bien son nom ! Et puis, il y a ses PARENTS, je te signale ! Je te signale aussi que c’est EUX qui t’ont appelé, EUX ! Tu comprends que c’est sérieux, ou quoi ? »

– J’ai dit, NON ! La marche, c’est bon pour la santé. Et puis ta tante Julienne, elle attend notre arrivée. Et puis je t’INTERDIS de me parler comme ça ! Non, mais c’est pas possible ! L’adulte, ici, c’est moi ! »

– Mais papa… »

– Non, tais-toi. Je ne veux plus t’entendre. Et tante Agathe, alors ? Et mamie ? Et tante Ambre ? Tu ne les vois jamais. Ton amie, tous les jours. Tu peux faire un effort ! »

Mais faut voir tante Agathe, tante Julienne, et tante Ambre, et leurs foutues patates. Même le ski, maintenant, ça me sort par les yeux. Je VOMIS la montagne ! C’est moche, c’est vide, c’est creux ! Marcher… Tu parles d’une plaie ! Ah… Il était tout sucre avec la mère de Sophie ! Oui, je réfléchirai… C’était tout réfléchi ! Et puis, il ne m’écoute pas, et ma mère, elle ne dit rien. Mais elles me gonflent, les tantes, et puis, je vais m’ennuyer. Y a même pas de boutique dans leur sale trou paumé. Y a même pas de touriste. C’est gris, c’est mort, c’est froid. Elle n’est même pas connue, leur foutue station, là… Et puis, y a l’autre bouseux collant qui est love de moi. Mais je lui ai rien demandé, en plus, à celui là ! Il n’est même pas passable. Puis, j’ai rien à lui dire. Et pour trouver des jeunes, là bas, faut s’accrocher. Et puis, deux mois, c’est long, dans leur foutu chalet. A la fin du séjour, la tété, j’en peux plus, les tantes, j’en peux plus, la mémé, j’en peux plus ! Et puis, leurs paysages, et leurs vaches à la noix, et toujours des patates, MAIS JE VEUX VOIR LA MER, MOI ! mais non, j’ai beau parler, bien sûr, il n’entend rien. L’adulte, ici, c’est moi ! Non, mais il est gonflé ! Comme si j’existais pas ! Toujours à me surveiller… Je ne suis plus en sixième ! Je ne fais jamais ce que je veux ! Marre, MARRE de la montagne ! PLUS QUE MARRE de mon vieux ! Et ma mère qui ne dit rien… Ce qu’elle peut m’énerver ! Il m’avait toujours dit que si j’avais mon brevet… Je lui lance un regard noir. Je cours, et claque la porte de ma chambre. J’appelle :

« Alors ? »

– Mon père, c’est un buté. Je te l’avais bien dit. Mais si tu veux monter… Si tu viens avec moi, tu crois qu’il me lâchera, cette censure de bouseux ? »

– Bah oui, tiens ! Sans problème ! Si tu veux, je jouerai de mon charme naturel et je te le piquerai. Mais je ne veux pas déranger… »

– T’inquiète pas, va. La place, ça manque pas au chalet. Et quand y a de la bouffe, c’est pour un régiment. Par contre, c’est des patates, mais alors tous les jours, bonjour la variété… Et puis, c’est mort, là bas. Mais je vais péter un câble, moi, si tu viens pas ! » – Ma vieille, elle est sortie. Mais attends. Je l’appelle, et je te dis. »

« T’as vu, c’est chiant, la marche. »

– Ouais, mais ton campagnard, il est pas mal du tout. Et puis, toujours, la mer… J’avais jamais vu de vache. Et puis, ça pue pas tant que ça. Et puis, c’est très joli. Allez ! L’année prochaine, tu convaincra ton père. Je ne m’ennuierai pas comme ça. Toujours à voir la mer… »

Sur les barricades

Paris. Mai 68. Nico, un gamin aux cheveux gras sur son visage osseux reçoit un coup de fil de Marcel :

« J’ai un accord super bat’, écoute un peu ! »

Gling. Nico n’est pas convaincu. Ça n’est pas avec les accords pourris de Marcel qu’ils vont devenir les nouveaux Beatles.

« Y a encore du boulot ! Attends : T’es chez toi ? J’arrive. »

Nico sort de chez lui. Prends le métro. Tourne dans une rue, une autre. –

« Alors, il est pas bat’ mon accord ? »

Marcel a cette énorme perruque afro sur la tête, et, la classe, son pantalon scratch à rayures rouges avec son foulard assorti noué en cravate.

« Aussi révolutionnaire que l’aspirateur de ma mère… »

– Moi, je crois qu’il irait bien avec ton texte Mort aux cons. Faudrait juste inventer une mélodie. »

Nico et Marcel discutent musique, puis décident d’aller chercher l’inspiration dans l’impressionnante collection de vinyles de Nico. Ils tournent dans une rue, puis une autre, prennent le métro, et à Bastille…

Ils se retrouvent derrière une rangée de CRS. Il y a foule. Encore une manif. C’est bien beau, les manifs, mais là, les gamins doivent vraiment aller chez Nico. Nico tape à l’épaule d’un CRS :

« Heu… S’cusez-moi, m’sieur, mais mon copain et moi, on voudrait passer. J’habite juste là bas, voyez… »

Le grand CRS chauve se gratte la tête. On dirait un nounours qui vient de se réveiller.

«On va vous laisser passer les jeunes, mais va falloir patienter… »

Nico et Marcel sont un peu perdus, mais bon, ils sont bêtes et disciplinés. Au bout d’un quart d’heure d’attente, Nico refait un essai :

« Heu… M’sieur, j’habite juste là vous savez… »

Mais le nounours semble ailleurs, à présent, tendu, concentré. Et, tout d’un coup, il crie :

« CHARGEZ ! »

Là, Nico et Marcel se rendent compte qu’ils vont se retrouver dans une baston générale, avec bâtons, bombes lacrymos et pavés. Bon sang. Il faut sauver sa peau. On sent déjà monter la vague du grand mouvement de la foule déterminée, les cris de sauvage, les affrontements, la sueur, les cris, la bousculade, la barbarie débridée. Bon sang. Les gamins se regardent, puis courent comme des dératés. Les cheveux de Nico lui fouettent le visage. Il a une allure d’autruche marathonienne dopée. Marcel, toujours la classe, court prudemment en tenant sa perruque, son pantalon à scratch, et son foulard qui risque de tomber. Vite, il faut trouver un abri. Tiens. Une barricade. Nico et Marcel viennent s’y réfugier.

« Vous tombez bien, vous deux, tiens ! » s’exclame un gros militant barbu au gilet en peau de mouton et au regard porcin.

« Faites passer ! »

Sans y rien comprendre, Marcel reçoit dans ses mains un gros pavé, qu’il passe à Nicolas, qui le passe à un autre militant. Pris de court par ce travail à la chaîne improvisé dans la cohue générale, Marcel hurle aux oreilles de Nicolas :

« Qu’est-ce qu’on fout là ? ! »

– Chais pas. La révolution, je crois. »

– Ah. »

Mais ça n’est plus rigolo, tout ça. Des CRS commencent à s’attaquer aux militants qu’il y a de leur coté. En plus, ils n’ont pas l’air commodes du tout, ces militants là. Le gros barbu, tout rouge, hurle :

« FACHOS ! »

Comme si on allait l’égorger. Le truc, c’est que Marcel et Nico n’ont pas envie de mourir, mais alors pas du tout, alors là. Ils ont faim, ils ont la trouille, et ils ont une furieuse envie de rentrer. D’ailleurs, c’est ce que Marcel fait : Il réussit à se carapater jusqu’au métro. Le problème de Nico, c’est qu’il est dans son quartier. Tellement de monde. On peut à peine bouger. Son instinct de survie pousse Nico vers la cime d’un arbre. Jusqu’à cinq heures du matin, il va y rester.

 

 

 

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