« Géranium, ça n’est pas raisonnable. Tu ne peux pas t’inviter à un concours de chant pour te faire remarquer. Tu vas te faire arrêter. » Valériane parlait d’une voix douce et convaincante. Géranium haussa les épaules :
« Huh ! Par qui ? Ce gros patapouf de garde ? »
-Géranium, le concours est déjà très bien organisé. Tu dois te douter que tout est planifié. Je te conseille de patienter. »
-J’en ai PLUS QU’ASSEZ ! Je te paye, et qu’est ce que tu fais pour moi ? Tu ne crois pas en moi ! Tu es virée ! »
-Mais ma chérie, ne sois pas ridicule. Tu n’es pas inscrite, tu n’es pas une chanteuse. Tu n’as aucune chance de passer. » Le sourire de Géranium fit craindre le pire a Valériane.
-Sauf si on doit remplacer un de mes concurrents au pied levé… »
Géranium se mit à réfléchir. Elle avait ses concurrents à détruire. Il y avait une visibilité internationale à la clé. Elle pensa directement aux superstars : la chorale philharmonique des Boisés. Géranium alla voir la sorcière Réséda, experte en concoction de poisons.
Elle se leva tôt le jour suivant pour mettre de la poudre de poison mortel au sureau dans le gratin de miel sans sucre au thé vert biologique goût citron des Boisés. Il n’y eut rien de plus facile. A présent, tapie dans l’ombre, elle attendait. A la cantine, les choristes se resservaient.
« Wah ! Sensas, la nouvelle recette ! »
-C’est effectivement un petit peu mieux que d’habitude, mais rien ne vaut le gratin au miel de la bonne de papâââââ. »
-ça donne envie de tomber amoureux… »
-Cette nouvelle recette, c’est aphrodisiaque ? »
-Ah bah ça, pour êt’ bon, c’est bon ! »
-Où j’ai mis ma fourchette ? »
C’était un véritable brouhaha. En attendant, personne ne mourait.
« ça a comme un goût de poison mortel au sureau ! » dit une voix aiguë, plus audible que les autres.
-AAAAAAH ! »
-Quelle bonne idée ! C’est excellent pour la voix ! »
Bref, c’était la cata.
« Il est nul, votre poison ! » fit remarquer Géranium a Réséda.
-On ne tue pas une fée, voyons. »
Voilà un détail que Géranium allait oublié.
Il fallait essayer autre chose. Tiens, les monter les uns contre les autres. Voilà ce qu’il fallait. Son plan, c’était de passer d’un groupe à l’autre pour créer des quiproquos qui mèneraient à un pugilat. Pervenche se disputa avec Asperge, Coquelicot avec Pâquerette, Tournesol avec Narcisse, saule avec Chêne, Bouleau avec Oranger, Pétunia avec Primerose, Vulpine avec Charme, Hêtre avec Hortensia. Bref, ça bardait. Au bout d’un moment, il y avait des petits groupes de nuages de poussière, où on ne voyait pas qui mordait qui, qui griffait qui, qui tirait les cheveux à qui. Le plan diabolique de Géranium fonctionnait.
Quand soudain, un cri. Tout le monde s’évanouit. Géranium aussi.
« Et merde. » conclut Mandragore la chef de choeur.
-Bon dieu d’autorité. »
Quand Géranium se réveilla, le psychologue Ergot Seigle était parti, et tout le monde était réconcilié. Tout ce travail de sape pour rien. Les choristes étaient plus unis que jamais. Il fallait trouver une solution.
Elle essaya de débaucher leurs musiciens, Merlin et Banjo, son instrument qui parlait. Mais Merlin était un plein délire hallucinatoire et se transformait compulsivement en n’importe quoi.
Malgré tous ces échecs, Géranium était déterminée. alors, elle passa dans l’équipe des décors pour écraser la chorale. Mais pendant la répétition, rien ne se passa. C’est quand elle monta sur scène pour voir ce qui clochait que le décors tomba.Gentiane Jaune, la maquilleuse, se précipita et remarqua que la victime de l’accident avait un visage qu’elle n’avait jamais travaillé. Tout le monde vint voir cette curiosité. On demanda si quelqu’un la connaissait. Silence. Alors, on appela la sécurité.
La fête battait son plein. La chorale philharmonique des Boisés était fin prête, les Mauvaises Herbes cassaient leurs instruments, le rappeur piquant Yucca Yo s’aiguisait les dents, et les jazzeux de Tap-Tap-Thym improvisaient joyeusement. On communiqua aux forêts avoisinantes par des signaux de fumée quand le juge en chef, Sauge Officinale, fut installé. Valériane soutenait à présent une étoile montante de la tragédie nommée Camélia. Et Géranium, dans tout ça ?
« Parlez-moi de votre mère. » interrogea Ergot Seigle.
-Elle va bien, merci. je peux m’en aller ? » répondit Géranium.
-Il faut faire face aux blessures de son passé. »
-Je suis très équilibrée. »
-Vous avez voulu faire capoter le concours de chant le plus connu de l’univers en agressant des concurrents. »
-On n’a pas le droit de vouloir être une célébrité ? »
-Pourquoi tant de colère ? »
Géranium sauta hors de son lit, le souleva, et l’écrasa sur la tête d’un Ergot Seigle étonné.
« Je ne suis pas en colère. Je suis très calme. Je sais parfaitement me maîtriser. »