Croate la grenouille était amoureuse. Elle était amoureuse et malheureuse. L’objet de son admiration, de son étonnement, de sa vénération, était une minette blanche. Une minette qui ne la voyait même pas. C’était une ineptie, au village des grenouilles. C’était une hérésie au village des chats. Quand on attrappait Croate en pleine escapade hors du marais, on lui titrait la langue. Quand on apercevait ses petites pattes vertes au village des chats, on lui montrait les dents. Ce n’était pas sa faute, tout de même, si Blanche était séduisante!
Un jour, alors qu’elle traversait le grand champ, elle se lamenta : « comme j’aimerais devenir un chat!… »
La voix tonitruante de l’effroyable, du terrifiant, du monstrueux épouvantail rose fit trembler les nuages : « Être ou ne pas être un chat, telle est la question. A l’entrée du village des chats, sur une balançoire, la se trouve l’objet de ton affection. Donne lui un baiser pour ta transformation. »
Après avoir longtemps sautillé, Croate trouva son aimée. Elle dit : « pardon, c’est mal poli et tout, mais je dois te faire un bisou. » Elle prit son élan, toutes pattes devant, et…
POUF.
Sur la balançoire, la princesse Blanche croisa les jambes, réajusta sa couronne, et regarda la princesse Croate de haut en bas : « Je croyais que je serai sauvée par un prince, moi. Mais bon. Ne restez pas plantée la. Courrez vite vous mettre un pantalon. »