Anna et Raphaël avaient déménagé depuis peu de temps. Ils ne connaissaient personne dans le coin. Pas un copain à 10 km à la ronde. Bref, ils s’ennuyaient. Un week-end, alors qu’ils jouaient dans le jardin, leur ballon passa la barrière et se retrouva chez le voisin. Ils entendirent un couinement de douleur : leur ballon avait heurté son chien.
« Vas-y, toi ! » dit Raphaël.
– C’est toi qui tape toujours trop fort. » répondit Anna.
-Oui mais toi, il t’aime bien. »
En fait, c’était un homme étrange qui n’avait pas l’air d’aimer les enfants. Anna s’y colla tout de même en prenant son air le plus désolé :
« Bon… Bonjour, monsieur. Je suis la voisine. Avec mon frère, on s’excuse. On a fait tomber notre ballon dans votre jardin… »
-Vous avez jeté votre jeté votre ballon sur mon chien ! Petits mal élevés ! Vous méritez une bonne fessée ! » dit le vieil homme en traînant Anna à l’intérieur par le bras.
La petite fille ouvrit grand les yeux : de l’extérieur, la maison avait l’air tout à fait normale, mais de l’intérieur, on aurait dit un manoir hanté. Elle était remplie de vieux objets couverts de poussière et de toiles d’araignée. Quand Anna rentra chez elle, elle était partagée entre la colère provoquée par la fessée, et l’excitation de pouvoir raconter ce qu’elle avait vu dans l’étrange maison.
« Alors ? »
-C’est malin ! A cause de toi, j’ai pris une fessée ! »
-Mais c’est pas juste ! Tu t’es excusée, et en plus, on l’avait même pas fait exprès ! »
Comme Raphaël entraînait toujours sa sœur dans ses bêtises, ils finirent par décider de se venger. C’est lui qui eût l’idée de voler chez le vieux grincheux un de ses précieux objets.
Ce jour-là, le voisin était parti faire une course et le chien dormait. Les enfants partirent en commando. Ils passèrent par le jardin arrière, et se faufilèrent par une fenêtre. Raphaël n’en croyait pas ses yeux : une maison hantée ? C’était une caverne d’Ali Baba ! Il se mit à fureter partout à pas de loups. Anna était de plus en plus mal à l’aise :
« Bon, dépêche-toi, Raphaël ! Le chien va se réveiller ! »
Soudain, les enfants entendirent un bruit de voiture dans l’allée. Anna attrapa une vieille boite en fer, et tira son frère par la manche :
« On s’en va ! »
Les enfants filèrent. Le chien se mit à aboyer. Les enfants parvinrent à rentrer chez eux juste à temps.
« On aurait pu trouver mieux… » fit remarquer Raphaël déçu en examinant leur trophée.
Les jours passèrent. Les enfants avaient oublié leur bêtise, et le voisin n’était pas venu réclamer sa vieille boîte chapardée. Un jour, ils étaient entrain de jouer dans leur chambre, quand leur mère ouvrit la porte :
« A table ! Dis-donc, c’est un vrai capharnaüm, ici ! Vous allez me ranger cette chambre après le déjeuner ! »
Après le déjeuner, donc, Anna et Raphaël réalisèrent qu’il y avait du travail. Anna commençait à pousser ses poupées dans le placard, quand son pied heurta la vieille boîte en fer :
« Tiens, je vais mettre mes poupées là. »
-Elles ne vont jamais toutes rentrer ! »
Anna commença à entasser ses poupées. Comme il semblait toujours y avoir de la place, Raphaël déposa un camion, puis deux… Les enfants se regardèrent médusés. Puis, ils se mirent à y fourrer le reste de leurs jouets. Même les objets plus grands que la boîte parvenaient comme par magie à y entrer.
« Raphaël, j’ai peur ! »
-Mais quelle poule mouillée ! »
La boîte devint le rangement préféré des enfants.
Un autre jour, après le dîner, les enfants se disputèrent, et Raphaël arracha la tête de la Barbie Malibu d’Anna. Anna cria si fort que leur mère les envoya directement se coucher. Anna posa tristement sa poupée cassée dans la boîte. Le lendemain, elle rouvrit la boîte pour récupérer sa poupée, et découvrit avec stupeur que sa tête s’était mystérieusement recollée. Comme ce genre d’incident arrivait souvent, la boîte fut utilisée comme dispensaire pour poupées.
Cette nuit-là, Anna n’arrivait pas à dormir à cause de sa maîtresse qui l’avait vertement grondée. Elle retournait dans sa tête ses soucis, quand tout à coup, elle entendit un bruit. C’était un petit bruit, comme étouffé. Il semblait venir de très près. Elle se demandait s’il s’agissait d’une souris. Intriguée, elle se leva pour voir d’où venait le bruit. ça venait du pied du lit. Quand Anna se rapprocha, son cœur fit un bond : sur le rebord de la boîte, l’Action Man de Raphaël s’entretenait avec sa Barbie Malibu :
« Anna me traite très bien, » c’était Malibu :
-Mais Raphaël est un monstre ! Il m’arrache la tête sans arrêt ! »
-Ne m’en parle pas ! Il me jette du haut des escaliers, me démonte les jambes, me plonge dans le bocal du poisson rouge exprès ! »
-Ah, mademoiselle Anna ! » fit Malibu en regardant Anna dans les yeux :
-Je dois vous dire que je ne suis pas du tout d’accord avec votre idée de me teindre les cheveux en bleu. De plus, je conçois que vous ayez des problèmes à l’école, mais il me semble injuste de me dire à moi que je ne suis pas sage : je suis une poupée. »
-Vous… Vous parlez ? »
-Évidemment. C’est une boîte magique. Nous nous animons la nuit. »
-Je… Je crois qu’il vaut mieux que j’aille me recoucher. »
Raphaël ne crut pas Anna quand elle parla de l’incident le lendemain matin :
« T’as fait un cauchemar vraiment bizarre. »
Au fil des maltraitances, la grogne montait chez les objets. Anna essayait de prévenir Raphaël pour qu’il soit plus gentil avec eux, mais il n’écoutait pas. Une nuit, les objets finirent par se venger. Les fils de la Wii attachèrent les bras de Raphaël en s’exclamant : « Ouiiii ! », les fesses rembourrées du nounours d’Anna faisaient un bâillon parfait, les Action Men de Raphaël se mirent à faire du trampoline sur son ventre pendant que l’équipe des Barbie lui tiraient les cheveux. Le petit garçon ne pouvait pas bouger. Au petit matin, tout le monde retourna bien sagement dans la boîte.
Les enfants ne savaient pas comment se sortir de cette situation : fermer la boîte avec des objets lourds, jeter la boîte sans les objets, jeter la boîte avec les objets. Chaque nuit, la boîte réapparaissait. Chaque nuit, Raphaël se faisait maltraiter. Le manque de sommeil se faisait sentir, et Anna était terrorisée.
Anna décida d’en parler au voisin :
« Mon… Monsieur… C’est la voisine… J’ai quelque chose à vous dire… »
Le voisin commença par se fâcher tout rouge pour sa boîte, et Anna se prit une deuxième fessée. Puis, lorsque la petite fille entreprit de lui raconter les problèmes qu’elle et son frère avaient eus, il ne put s’empêcher de rire en s’exclamant que c’était bien fait. Enfin, de bonne humeur, il entreprit de les aider. Il sortit différents articles ésotériques de ses placards :
« Apporte-moi la boîte. On va la démarabouter. »