Paris. Mai 68. Nico, un gamin aux cheveux gras sur son visage osseux reçoit un coup de fil de Marcel :
« J’ai un accord super bat’, écoute un peu ! »
Gling. Nico n’est pas convaincu. Ça n’est pas avec les accords pourris de Marcel qu’ils vont devenir les nouveaux Beatles.
« Y a encore du boulot ! Attends : T’es chez toi ? J’arrive. »
Nico sort de chez lui. Prends le métro. Tourne dans une rue, une autre. –
« Alors, il est pas bat’ mon accord ? »
Marcel a cette énorme perruque afro sur la tête, et, la classe, son pantalon scratch à rayures rouges avec son foulard assorti noué en cravate.
« Aussi révolutionnaire que l’aspirateur de ma mère… »
– Moi, je crois qu’il irait bien avec ton texte Mort aux cons. Faudrait juste inventer une mélodie. »
Nico et Marcel discutent musique, puis décident d’aller chercher l’inspiration dans l’impressionnante collection de vinyles de Nico. Ils tournent dans une rue, puis une autre, prennent le métro, et à Bastille…
Ils se retrouvent derrière une rangée de CRS. Il y a foule. Encore une manif. C’est bien beau, les manifs, mais là, les gamins doivent vraiment aller chez Nico. Nico tape à l’épaule d’un CRS :
« Heu… S’cusez-moi, m’sieur, mais mon copain et moi, on voudrait passer. J’habite juste là bas, voyez… »
Le grand CRS chauve se gratte la tête. On dirait un nounours qui vient de se réveiller.
«On va vous laisser passer les jeunes, mais va falloir patienter… »
Nico et Marcel sont un peu perdus, mais bon, ils sont bêtes et disciplinés. Au bout d’un quart d’heure d’attente, Nico refait un essai :
« Heu… M’sieur, j’habite juste là vous savez… »
Mais le nounours semble ailleurs, à présent, tendu, concentré. Et, tout d’un coup, il crie :
« CHARGEZ ! »
Là, Nico et Marcel se rendent compte qu’ils vont se retrouver dans une baston générale, avec bâtons, bombes lacrymos et pavés. Bon sang. Il faut sauver sa peau. On sent déjà monter la vague du grand mouvement de la foule déterminée, les cris de sauvage, les affrontements, la sueur, les cris, la bousculade, la barbarie débridée. Bon sang. Les gamins se regardent, puis courent comme des dératés. Les cheveux de Nico lui fouettent le visage. Il a une allure d’autruche marathonienne dopée. Marcel, toujours la classe, court prudemment en tenant sa perruque, son pantalon à scratch, et son foulard qui risque de tomber. Vite, il faut trouver un abri. Tiens. Une barricade. Nico et Marcel viennent s’y réfugier.
« Vous tombez bien, vous deux, tiens ! » s’exclame un gros militant barbu au gilet en peau de mouton et au regard porcin.
« Faites passer ! »
Sans y rien comprendre, Marcel reçoit dans ses mains un gros pavé, qu’il passe à Nicolas, qui le passe à un autre militant. Pris de court par ce travail à la chaîne improvisé dans la cohue générale, Marcel hurle aux oreilles de Nicolas :
« Qu’est-ce qu’on fout là ? ! »
– Chais pas. La révolution, je crois. »
– Ah. »
Mais ça n’est plus rigolo, tout ça. Des CRS commencent à s’attaquer aux militants qu’il y a de leur coté. En plus, ils n’ont pas l’air commodes du tout, ces militants là. Le gros barbu, tout rouge, hurle :
« FACHOS ! »
Comme si on allait l’égorger. Le truc, c’est que Marcel et Nico n’ont pas envie de mourir, mais alors pas du tout, alors là. Ils ont faim, ils ont la trouille, et ils ont une furieuse envie de rentrer. D’ailleurs, c’est ce que Marcel fait : Il réussit à se carapater jusqu’au métro. Le problème de Nico, c’est qu’il est dans son quartier. Tellement de monde. On peut à peine bouger. Son instinct de survie pousse Nico vers la cime d’un arbre. Jusqu’à cinq heures du matin, il va y rester.
Image de : Image par<a href= »https://pixabay.com/fr/users/JCamargo-2826093/?utm_source=link-attribution&utm_medium=referral&utm_campaign=image&utm_content=3290394″>José Augusto Camargo</a> de <a href= »https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&utm_medium=referral&utm_campaign=image&utm_content=3290394″>Pixabay</a>