« Mais si, papa, j’te jure, c’est bien la plage. Ben oui. Et puis, on va toujours a la montagne. Pourquoi tu n’écouterais pas un peu ce que j’ai à te dire, moi ? »
Il me regarde avec son petit air hautin, mon père… Oui, hautin ! Sous prétexte qu’il a la voiture et que je n’ai pas encore le permis. Mais j’ai 15 ans, moi, merde ! ça m’énerve. Et puis, sa montagne, toujours sa FOUTUE montagne, je DÉTESTE la montagne, non mais QUAND est-ce qu’il va finir par comprendre ça ? Il n’y a que lui, qui l’aime, sa montagne, c’est toujours le même cinéma. Non, et puis comme d’habitude, maman ne dit rien, et comme d’habitude, je n’ai pas le droit d’aller à la mer avec ma copine Sophie… ça m’ENERVE !
« Mais zut ! Tu pourrais écouter, au moins, quand je te parle ! Sophie, c’est PAS une droguée, c’est PAS une clodo, c’est PAS une allumeuse. Sophie, en grec, ça veut dire SA-GESSE, et ma copine, elle porte vachement bien son nom ! Et puis, il y a ses PARENTS, je te signale ! Je te signale aussi que c’est EUX qui t’ont appelé, EUX ! Tu comprends que c’est sérieux, ou quoi ? »
– J’ai dit, NON ! La marche, c’est bon pour la santé. Et puis ta tante Julienne, elle attend notre arrivée. Et puis je t’INTERDIS de me parler comme ça ! Non, mais c’est pas possible ! L’adulte, ici, c’est moi ! »
– Mais papa… »
– Non, tais-toi. Je ne veux plus t’entendre. Et tante Agathe, alors ? Et mamie ? Et tante Ambre ? Tu ne les vois jamais. Ton amie, tous les jours. Tu peux faire un effort ! »
Mais faut voir tante Agathe, tante Julienne, et tante Ambre, et leurs foutues patates. Même le ski, maintenant, ça me sort par les yeux. Je VOMIS la montagne ! C’est moche, c’est vide, c’est creux ! Marcher… Tu parles d’une plaie ! Ah… Il était tout sucre avec la mère de Sophie ! Oui, je réfléchirai… C’était tout réfléchi ! Et puis, il ne m’écoute pas, et ma mère, elle ne dit rien. Mais elles me gonflent, les tantes, et puis, je vais m’ennuyer. Y a même pas de boutique dans leur sale trou paumé. Y a même pas de touriste. C’est gris, c’est mort, c’est froid. Elle n’est même pas connue, leur foutue station, là… Et puis, y a l’autre bouseux collant qui est love de moi. Mais je lui ai rien demandé, en plus, à celui là ! Il n’est même pas passable. Puis, j’ai rien à lui dire. Et pour trouver des jeunes, là bas, faut s’accrocher. Et puis, deux mois, c’est long, dans leur foutu chalet. A la fin du séjour, la tété, j’en peux plus, les tantes, j’en peux plus, la mémé, j’en peux plus ! Et puis, leurs paysages, et leurs vaches à la noix, et toujours des patates, MAIS JE VEUX VOIR LA MER, MOI ! mais non, j’ai beau parler, bien sûr, il n’entend rien. L’adulte, ici, c’est moi ! Non, mais il est gonflé ! Comme si j’existais pas ! Toujours à me surveiller… Je ne suis plus en sixième ! Je ne fais jamais ce que je veux ! Marre, MARRE de la montagne ! PLUS QUE MARRE de mon vieux ! Et ma mère qui ne dit rien… Ce qu’elle peut m’énerver ! Il m’avait toujours dit que si j’avais mon brevet… Je lui lance un regard noir. Je cours, et claque la porte de ma chambre. J’appelle :
« Alors ? »
– Mon père, c’est un buté. Je te l’avais bien dit. Mais si tu veux monter… Si tu viens avec moi, tu crois qu’il me lâchera, cette censure de bouseux ? »
– Bah oui, tiens ! Sans problème ! Si tu veux, je jouerai de mon charme naturel et je te le piquerai. Mais je ne veux pas déranger… »
– T’inquiète pas, va. La place, ça manque pas au chalet. Et quand y a de la bouffe, c’est pour un régiment. Par contre, c’est des patates, mais alors tous les jours, bonjour la variété… Et puis, c’est mort, là bas. Mais je vais péter un câble, moi, si tu viens pas ! » – Ma vieille, elle est sortie. Mais attends. Je l’appelle, et je te dis. »
…
« T’as vu, c’est chiant, la marche. »
– Ouais, mais ton campagnard, il est pas mal du tout. Et puis, toujours, la mer… J’avais jamais vu de vache. Et puis, ça pue pas tant que ça. Et puis, c’est très joli. Allez ! L’année prochaine, tu convaincra ton père. Je ne m’ennuierai pas comme ça. Toujours à voir la mer… »